‹ Théâtre choisi illustréChapitre 134 sur 191 · LETTRE — 1G · texte numérisé non relu

LETTRE — 1G

paâsion contrastée : ce sont des scènes d'écolier. Toute scène qui n'est pas une scène d'action est. inutile.

12° Il y a si peu d'art dans cette pièce que l'auteur est toujours forcé d'employer des confidSntes et des confidents pour remplir son théâtre. Le quatrième acte commence encore par une scène froide et inutile entre le tyran et la suivante : ensuite cette suivante rencontre le jeune Égisthe, je ne sais comment, et lui persuade de se reposer dans le vestibule, afin que, quand il sera endormi, la reine puisse le tuer tout à son aise. En effet il s'endort comme il l'a promis. Belle intrigue ! Et la reine vient pour la seconde fois, une hache à la main, pour tuer le jeune homme, qui dormait exprès. Cette situation, répétée deux fois, est le comble de la stérilité, comme le sommeil du jeun* homme est le comble du ridicule. M. Maffei prétend qu'il y a beaucoup de génie et de variété dans cette situation répétée, parce que la première fois la reine arrive avec un dard, et la seconde fois avec une hache : quel effort de génie !

130 Enfin le vieillard Polydore arrive tout à propos, et empêche la reine de faire le coup : on croirait que ce beau moment devrait faire naître mille incidents intéressants entre la mère et le fils, entre eux deux et le tyran. Rien de tout cela : Égisthe s'enfuit et ne voit point sa mère ; il n'a aucune scène avec elle, ce qui est encore un défaut de génie insupportable. Mérope demande au vieillard quelle récompense il veut ; et ce vieux fou la prie de le rajeunir. Voilà à quoi passe son temps une reine qui de\Tait courir après son fils. Tout cela est bas, déplacé et ridicule au dernier point.

14° Dans le cours de la pièce, le tyran veut toujours épouser ; et, pour y parvenir, il fait dire à Mérope qu'il va faire égorger tous les domestiques/ et les courtisans de cette princesse si elle ne lui donne la main. Quelle ridicule idée ! quel extravagant que ce tyran ! M. Maffei ne pouvait -il trouver un meilleur prétexte poiur sauver l'honneur de la reine, qui a la lâcheté d'épouser le meurtrier de sa famille?

150 Autre puérilité de collège. Le tyran dit à son confident : • Je sais l'art de régner ; je erai mourir les audacieux, je lâcherai la bride à tous les vices, j'inviterai mes sujets à commettre les plus grands crimes, en pardonnant aux plus coupables ; j'exposerai les gens de bien à la fureur des scélérats, etc. » Quel homme a jamais pensé et prononcé de telles sottises? Cette déclamation de régent de sixième ne donne-t-elle pas lone jolie idée d'un homme qui sait. gouverner?

On a reproché au grand Racine d'avoir, dans Athalie, fait dire à Mathan trop de mal de lui-même. Encore Mathan parle-t-il raisonnablement ; mais ici, c'est le comble de la folie de prétendre que de tout mettre en combustion soit l'art de régner ; c'est l'art d'être détrôné ; et on ne peut Ure de pareilles absurdités sans rire. M. Maffei est im étrange politique.

En un mot, monsieur, l'ouvrage de Maffei est im très beau sujet, et une très mauvaise pièce. Tout le monde convient à Paris que la représentation n'en serait pas achevée, et tous les gens sensés d'Italie en font très peu de cas. C'est très vainement que l'auteur, dans ses voyages, n'a rien négligé pour engager les plus mauvais écrivains à traduire sa tragédie : il lui était bien plus aisé de payer un traducteur que de rendre sa pièce bonne.

1G6 — MÉROPE

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