RÉPONSE A M. DE LA LINDELLE
La lettre que vous m'avez fait l'hoiiueur de m'écrire, monsieur, doit vous valoir le nom d'hypercxitique, qu'on donnait à Scaliger. Vous me paraissez bien redoutable ; et, si vous traitez ainsi M. Mafïei, que n'ai-je point à craindre de vous? J'avoue que vous avez trop raison sur bien des points. Vous vous êtes donné la peine de ramasser beaucoup de ronces et d'épines : mais pourquoi ne vous êtes-vous pas donné le plaisir de cueillir les fleurs? Il y en a, sans doute, dans la pièce de M. Maffei, et que j'ose croire immortelles : telles sont les scènes de la mère et du fils, et le récit de la fin. Il me semble que ces morceaux sont bien touchants et bien pathétiques. Vous prétendez que c'est le sujet seul qui en fait la beauté ; mais, monsieur, n'était-ce pas le même sujet dans les autres auteurs qui ont traité la Méropel Pourquoi, avec les mêmes secours, n'ont-ils pas eu le même succès? Cette seule raison ne prouve-t-elle pas que M. Maffei doit autant à son génie qu'i son sujet?
Je ne vous le dissimulerai pas : je trouve que M. ]\laflei a mis plus d'art que moi dans la manière dont iJ s'y prend pour faire penser à Mérope que son fils est l'assassin de son fils même. Je n'ai pu me servir comme lui d'un anneau, parce que, depuis l'anneau royal ' dont Boileau se moque dans ses satires, cela semblerait trop petit sur notre théâtre. Il faut se plier aux usages de son siècle et de sa nation : mais, par cette raison-là même, il ne faut pas condamner légèrement les nations étrangères.
Ni M. Maffei ni moi n'exposons des motifs bien nécessaires pour que le tyran Polyphonte veuille absolument épouser Mérope. C'est peut-être là un défaut du sujet ; mais je vous avoue que je crois qu'un tel défaut est fort léger quand l'intérêt qu'il produit est considérable. Le grand point est d'émouvoh- et de faire verser des larmes. On a pleuré à Vérone et à Paris : voilà une grande réponse aux critiques. On ne peut être parfait ; mais qu'il est beau de toucher avec ses imperfections ! Il est vrai qu'on pardonne beaucoup de choses en Italie qu'on ne passerait pas en France : premièrement, parce que les goûts, les bienséances, les théâtre;, n'y sont pas les mêmes ; secondement, parce que les Italiens, n'ayant point de ville où l'on représente tous les jours des pièces dramatiques, ne peuvent être aussi exercés que nous en ce genre. Le beau monstre de l'opéra étouffe chez eux Melpomène ; et il y a tant de castrati qu'il n'y a plus de place pour les Ésopus et les Roscius '. Mais si jamais les Italiens avaient uu théâtre régulier, je crois qu'ils iraient plus loin que nous. Leurs théâtres sont mieux entendus ; leur langue, plus maniable ; leurs vers blancs, plus aisés à faire ; leur nation plus sensible. Il leur manque l'encouragement, l'abondance, et In paix, etc.
I. L'anneau royal jour un grand rôle ployer le pouvoir qu'il lui donne à faire ar-
dans VAUrate, tragédie de Quinault. Cet rêter Astrale sou rival. C'est dans sa
anneau, marque de l'autorité royale, a été troisième Satire que Boileau a raillé l'an-
conlié par Elise, princesse de Tyr, à son ueau royal.
parent Agi?nor, pour être rerais à Astrate. î. Acteurs romains, arais de Cic^ron, ce-
Agénor le garde pour lui-tnéme, et veut era- lèbres dans la tragédie et la paatomiinc.
MEROPE