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SCÈNE PREMIÈRE. — POLYPHONTE, ÉROX

POLYPHONTE

A ses emportements, je croirais qu'à la fin

Elle a de son époux reconnu l'assassin ;

Je croirais que ses yeux ont éclairé l'abîme i

Où dans l'impunité s'était caché mon crime.

Son coeur avec effroi se refuse à mes vœux ;

Mais ce n'est pas son cœur, c'est sa main que je veux :

Telle est la loi du peuple ; il le faut satisfaire '.

Cet hymen m'asservit et le fils et la mère ;

1 . VarianU. Ce vers et les trois suivants oat été ajoutés en 1748,

Et par ce nœud sacré, qui la met dans mes mains.

Je n'en fais qu'une esclave utile à mes desseins.

Qu'elle écoute à son gré son impuissante haine ; j^ Au char de ma fortune il est temps qu'on i'enchaiue. ^ Mais vous, au meurtrier vous venez de parler ;

Que pensez- vous de lui?

ÉROX

Rien ne peut le troubler ; Simple dans ses discours, mais ferme, in\ariiible, La mort ne fléchit point cette âme impénétrable. J'en suis frappé, seigneur, et je n'attendais pas Un courage aussi grand dans un rang aussi bas. J'avouerai qu'en secret moi-même je l'admire.

POLYPHONTIi

Quel est-il, en un mot?

ÉROX

Ce que j'ose vous dire.

C'est qu'il n'est point, sans doute, un de ces assassins Disposés en secret pour servir vos desseins.

POLYPHONTE

Pouvez- vous en parler avec tant d'assurance? Leur conducteur n'est plus. Ma juste défiance A pris soin d'effacer dans son sang dangereux De ce secret d'État les vestiges honteux : Mais ce jeune inconnu me tourmente et m'attriste. Me répondez- vous bien qu'il m'ait défait d'Égisthc? Croirai-je que, toujours soigncu.x de m'obéir, Le sort jusqu'à ce point m'ait voulu prévenir?

ÉROX

Mérope, dans les pleurs mourant désespérée. Est de votre bonheur une preuve assurée ; Et tout ce que je vois le confirme en effet. Plus fort que tous nos soins, le hasard a tout fait.

POLYPHONTE

Le hasard va souvent plus loin que la prudence ; Mais j'ai trop d'ennemis, et trop d'expérience. Pour laisser le hasard arbitre de mon sort. Quel que soit l'étranger, il faut hâter sa mort. Sa mort sera le prix de cet hymen auguste ; Elle affermit mon trône : il suffit, elle est juste.

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