‹ Théâtre choisi illustréChapitre 23 sur 191 · SCÈNE II. — OROSMANE, ZAÏRE, FATIME · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — OROSMANE, ZAÏRE, FATIME

OROSMANE

Vertueuse Zaïre, avant que l'hyménée Joigne à jamais nos cœurs et notre destinée.

oti — ZAÏRE

J'ai cru, sur mes projets, sur vous, sur mon amour. Devoir en musulman vous parier sans détour. Les soudans qu'à genoux cet univers contemple, Leurs usages, leurs droits, ne sont i^oint mon exemple ; Je sais que notre loi, favorable aux plaisirs, Ouvre un champ sans limite à nos vastes désirs; Que je puis à mon gré, prodiguant mes tendresses. Recevoir à mes pieds l'encens de mes maîtresses ; Et tranquille au sérail, dictant mes volontés. Gouverner mon pays du sein des \oluptés. Mais la mollesse est douce, et sa suite est cruelle ; Je vois autour de moi cent rois vaincus par elle ; Je vois de Mahomet ces lâches successeurs. Ces califes tremblants dans leurs tristes grandeurs, Couchés sur les débris de l'autel et du trône. Sous un nom sans pouvoir languir dans Babylone : Eux qui seraient encore, ainsi que leurs aïeux, jMaîtres du monde entier, s'ils l'avaient été d'eux. Bouillon leur arracha Solyme et la Syrie ; Mais bientôt, pour punir une secte ennemie. Dieu suscita le bras du puissant Saladin ' ; Mon père, aprCs sa mort, assei*\'it le Jourdain; Et moi, faible héritier de sa grandeur nouvelle, Maître encore incertain d'un État qui chancelle, Je vois ces fiers '■' chrétiens, de rapine altérés. Des bords de l'Occident vers nos bords attirés. Et lorsque la trompette et la voix de la guerre Du Nil au Pont-Euxin font retentir la terre, Je n'irai point, en proie à de lâches amours. Aux langueurs d'un sérail abandonner mes jours. J'atteste ici la gloire, et Zaïre, et ma flamme. De ne choisir que vous pour maîtresse et pour femme, ' De vivre votre ami, votre amant, votre époux, I De partager mon cœur entre la guerre et vous. Ne croyez pas non plus que mon honneur confie La vertu d'une épouse à ces monstres d'Asie ^, Du .sérail des soudans gardes injurieux. Et des plaisirs d'un maître esclaves odieux.

I. Saladin (1137-1193), premier sultan sième croisade. Saladin perdit Saint-Jean-

ayoubite d'Egypte, lutta contre le royaume (i'.\cre, mais il garda Jérusalem et finit par

chrétien de Jérusalem ; battu à Kamla, il reprendre l'avantage, fut victorieux à Tibériade et fit prisonnier :. Fiers : farouches,

le roi Guy de Lu&ignau ; il prit Jérusalem 3. Périphrase dans le goût du xviii'

en 1187. Cet événement provoqua la troi- siùdc. pour désigner les eunuques.

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