‹ Théâtre choisi illustréChapitre 47 sur 191 · ACTE II r - o;j · texte numérisé non relu

ACTE II r - o;j

Est-ce à moi que l'on parle? Ai-je bien entendu? Est-ce moi qu'elle fuit? O ciel ! et qu'ai-je vu? Corasmin, quel est donc ce changement extrême? Je la laisse échapper ! Je m'ignore moi-môme.

CORASMIN

Vous seul causez son trouble, et vous vous en plaignez ' ! Vous accusez, seigneur, un coeur où vous régnez !

OROSMANE

Mais pourquoi donc ces pleurs, ces regrets, cette fuite :

Cette douleur si sombre en ses regards écrite?

Si ^tait^e, français !...quel soupçon ! quelle h orreur !

Quelle lumière affreuse a passé dans mon cœur !

Hélas I je repoussais ma juste défiance :

Un barbare, un esclave aurait cette insolence !

Cher ami, je verrais un cœur comme le mien

Réduit à redouter un esclave chrétien !

Mais, parle ; tu pouvais observer son visage,

Tu pouvais de ses yeux entendre le langage ;

Ne me déguise rien, mes feux sont-ils trahis?

Apprends-moi mon malheur,,. Tu trembles,... tu frémis.

C'en est assez.

CORASMIN

Je crains d'irriter vos alarmes.

Il est vrai que ses yeux ont versé quelques larmes ; Mais, seigneur, api^ tout, je n'ai rien observé Qui doive...

OROSMANE

A cet affront je serais réservé !

Non, si Zaïre, ami, m'avait fait cette offense. Elle eût avec plus d'art trompé ma confiance. Le déplaisir secret de son cœur agité.

Si ce cœur est perfide, aurait-il éclaté? Écoute, garde-toi de soupçonner Zaïre.

Mais, dis-tu, ce Français gémit, pleure, soupire : Que m'importe après tout le sujet de ses pleurs? Qui sait si l'amour même entre dans ses douleurs ?

:. Vttrianit.

Peut-^tre accui!ez-vous ce trouble trop ciarmant Que rinnocenre inspire à l'espoir d'un amant (1736).

VOLTAIRE — ratATn*.

64 — ZAÏRE

Et qu'ai-je à redouter d'un esclave infidèle Qui demain pour jamais va se séparer d'elle?

CORASMI.V

N'avez-vous pas, seigneur, permis, malgré nos lois. Qu'il jouît de sa vue une seconde fois? Qu'il revînt en ces lieux?

OROSMANE

Qu'il revînt, lui, ce traître ?

Qu'aux yeux de ma maîtresse il osât reparaître? Oui, je le lui rendrais, mais mourant, mais puni, Mais versant à ses yeux le sang qui m'a trahi. Déchiré devant elle ; et ma main dégouttante ' Confondrait dans son sang le sang de son amante... Excuse les transports de ce cœur offensé ; Il est né violent, il aime, il est blessé. Je connais mes fureurs, et je crains ma faiblesse ; A des troubles honteux je sens que je m'abaisse. Non, c'est trop sur Zaïre arrêter un soupçon ; Non, son coeur n'est point fait pour une trahison Mais ne crois pas non plus que le mien s'avilisse A souffrir des rigueurs, à gémir d'un caprice, A me plaindre, à reprendre, à redonner ma foi ; Les éclaircissements sont indignes de moi. Il vaut mieux sur mes sens reprendre un juste empire Il vaut mieux oublier jusqu'au nom de Zaïre. Allons, que le sérail soit fermé pour jamais^; Que la terreur habite aux portes du palai^T** Que tout ressente ici le frein de l'esclavage. Des rois de l'Orient suivons l'antique usage. On p>eut, pour son esclave oubliant sa fierté *, Laisser tomber sur elle un regard de bonté ;

1. Ce mot, qui était noble dans le langage tragique, est aujourd'hui tombé en désuétude, probablement à cause de son homonymie avec dégotàlant, qui est trivial.

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