‹ Théâtre choisi illustréChapitre 55 sur 191 · ACTE /K · texte numérisé non relu

ACTE /K

0RO8MANE

Cours chez elle à l'inbianl, va, vole, Corasmin : ]

Montre-lui cet écrit... Qu'elle tremble.., et soudain / De cent coups de poignard que l'infidèle meure. •/

Mais avant de frapper... Ah ! cher ami, demeure, Demeure, il n'est pas temps. Je veux que ce chrétien Devant elle amené... Non,... je ne veux plus rien... i Je me meurs,... je succombe à l'excès de ma rage.

CORASMIN

On ne reçut jamais un si sanglant outrage.

OROSMANE

Le voilà donc connu, ce secret plein d'horreur * !

Ce secret qui pesait à son infâme cœur !

Sous le voile emprunté d'une crainte ingénue.

Elle veut quelque temps se soustraire à ma vue.

Je me fais cet eôort, je la laisse sortir ;

Elle part en pleurant,... et c'est pour me trahir.

Quoi ! Zaïre !

CORASMIN

Tout sert à redoubler son crime.

Seigneur, n'en soyez pas l'innocente victime. Et de vos sentiments rappelant la grandeur...

OROSMANE

C'est là ce Nérestan, ce héros plein d'honneur, Ce chrétien si vanté, qui remplissait Solyme De ce faste imposant de sa vertu sublime ! Je l'admirais moi-même, et mon cœur combattu S'indignait qu'un chrétien m'égalât en vertu. Ah ! qu'il va me payer sa fourbe abominable \ Mais Zaïre, Zaïre est cent fois plus coupable. Une esclave chrétienne, et que j'ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l'abaisser ! Une esclave ! elle sait ce que j'ai fait pour elle ! Ah I malheureux !

CORASMIN

Seigneur, si vous souffrez mon zèle, Si, parmi les horreurs qui doivent vous troubler,

1. Cest par ce vers que Boucher d'Argi?, rapport sur les jouniéss révolu tioanaixes coDSÊiUer au Châteiet, ayant reçu U mis- des 5 et 6 octobre 1789, commença son sion de faire à r.\ssemblée constituante un récit.

74 — ZAÏRE

Vous vouliez...

OROSMANE

Oui, je veux la voir et lui parler Allez, volez, esclave, et m'amenez Zaïre.

CORASMIN

Hélas ! en cet état que pourrez-vous lui dire.?

OROSMANE

Je ne sais, cher ami, mais je prétends la ^'oir.

CORASMIN

Ah ! seigneur, vous allez, dans votre désespoir, Vous pUiindre, menacer, faire couler ses larmes. Vos bontés contre vous lui donneront des armes ; Et votre cœur séduit, malgré tous vos soupçons. Pour la justifier cherchera des raisons. M'en croirez- vous? cachez cette lettre à sa vue. Prenez pour la lui rendre une main inconnue : Par là, malgré la fraude et les déguisements, Vos yeux démêleront ses secrets sentiments Et des plis de son cœur verront tout l'artifice.

OROSMANE

Penses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse?... Allons, quoi qu'il en soit, je vais tenter mon sort Et pousser la vertu jusqu'au dernier effort. Je veux voir à quel point une femme hardie Saura de son côté pousser la perfidie.

CORASMIN

Seigneur, je crains pour vous ce funeste entretien ; Un cœur tel que le vôtre...

OROSMANE

Ah 1 n'en redoute rien.

A son exemple, hélas I ce cœur ne saurait feindre. Mais j'ai la fermeté de savoir me contraindre : Oui, puisqu'elle m'abaisse à connaître un rival... Tiens, reçois ce billet à tous trois si fatal : Va, choisis pour le rendre un esclave fidèle ; Mets en de sûres mains cette lettre cruelle ;

V Va, cours... Je ferai plus, j'éviterai ses yeux ;

I Qu'elle n'approche pas... C'est elle, justes cieux !

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