‹ Théâtre choisi illustréChapitre 56 sur 191 · ACTE IV SCÈNE VI. — OROSMANE, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ACTE IV SCÈNE VI. — OROSMANE, ZAÏRE

ZAÏRE

Seigneur, vous m'étonnez ; quelle raison soudaine. Quel ordre si pressant près de vous me ramène ?

OROSMANE

Eh bien ! madame, il faut que vous ra'éclaircissiez : Gît ordre est important plus que vous ne croyez ; Je me suis consulté... Malheureux l'un par l'autre. Il faut régler, d'un mot, et mon sort et le vôtre. Peut-être qu'en effet ce que j'ai fait pour vous, Mou orgueil oublié, mon sceptre à vos genoux. Mes bienfaits, mon respect, mes soins, ma confiance. Ont arraché de vous quelque reconnaissance. Votre cœur, par un maître attaqué chaque jour, Vaincu par mes bienfaits, crut l'être par l'amour. Dans votre âme, avec vous, il est temps que je lise. Il faut que .ses replis s'ouvrent à ma franchise ; Jugez-vous : répondez avec la vérité Que vous devez au moins à ma sincérité. SLde quelque autre arnour l'invàncible puissance L'emporte suFm^ soins,'~ou même les bafance, ILfaut me l'avouer, et dans ce même instant Ta grâce est dans mon cœur ; prononce, elle t'attend , Sacrifie à ma foi l'insolent qui t'adore : Songe que je te vois, que je te parle encore. Que ma foudre à ta voix pourra se détourner, Que c'est le seul moment où je peux pardonner.

ZAÏRE

Vous, seigneur ! vous osez me tenir ce langage ! Vous, cruel ! Apprenez que ce cœur qu'on outrage. Et que par tant d'horreurs le ciel veut éprouver. S'il ne vous aimait pas, est né pour vous braver. Je ne crains rien ici que ma funeste flamme ; N'imputez qu'à ce feu qui brûle encor mon âme. N'imputez qu'à l'amour, que je dois oublier, La honte où je descends de me justifier. J'ignore, si le ciel, qui m'a toujours trahie, A destiné pour vous ma malheureuse vie. Quoi qu'il puisse arriver, je jure par l'honneur. Qui, non moins que l'amour, est gravé dans mon cœur, Je jure que Zaïre, à soi-même rendue.

Des rois les plus puissants détesterait la vue^; ,

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Que tout^ autre, après vous, pie serait odieux.

Voulez-vous plus savoir, et me connaître mieux?

Voulez-vous que ce cœur, à l'amertume en proie.

Ce cœur désespéré devant vous se déploie?

Sachez donc qu'en secret il pensait malgié lui

Tout ce que devant vous il déclare aujourd'hui ;

Qu'il soupirait pour vous, avant que vos tendresses

Vinssent justifier mes naissantes faiblesses ;

Qu'il prévint vos bienfaits, qu'il brûlait à vos pieds,

Qu'il vous aimait enfin, lorsque vous m'ignoriez ;

Qu'il n'eut jamais que vous, n'aura que vous pour maître.

J'en atteste le ciel, que j'offense peut-être ;

Et si j'ai mérité son éternel courroux,

Si mon cœur fut coupable, ingrat, c'était pour vous.

OROSMANE

Quoi I des plus tendres feux sa bouche cncor m'assure ! Quel excès de noirceur ! Zaïre !... Ah ! la parjure ! Quand de sa trahison j'ai la preuve en ma main !

ZAÏRE

Que dites- vous ? Quel trouble agite votre sein ?

OROSMANE

Je ne suis point troublé. Voua m'aimez ?

ZAÏRE

Votre bouche Peut-elle me parler avec ce ton farouche D'un feu si tendrement déclaré chaque jour ? Vous me glacez de crainte en me parlant d'amour.

OROSMANE

Vous m'aimez?

ZAÏRE

Vous pouvez douter de ma tendresse!

Mais, encore une fois, quelle fui'eur vous presse? Quels regards effrayants vous me lancez ! hélas ! Vous doutez de mon cœur?

OROSMANE

Non, je n'en doute pas.

Allez, rentrez, madame.

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