DISCOURS PRÉLIMINAIRE
On a tâché, dam c«tte tragédie, toute d'invention et d'une e*pèce asae^ neuve, de^»ire voir combtenJe v4f^t^h)|e f^frit dt». la religion l'emporte sur les vertxis de la nature.
%^ ,^^ La religion d'mi barbare consfate à ofErir à ses dieux le aang^dejes enaemk. ' \ Un chrétien mal instruit n'est souvect^^yère plus juste^Etre fidèle à quelques pratiques inutiles^ et infidèle aux vrais devoirs de l'bomnae ; faire certaines prières, et garder ses vices ; jeûner, mais hair ; cabaler, persécuter, voilà sa religion. Celle du chrétien \éritable est de regarder tous les hopam^ , comme s^'s f.-èrec, de leur faîrc du bien et de leui- turrioaner.le ma}. T^ï ÇSt ^^Gusman au moment de ca mort ; tel .\lvare2 dariv le cours de sa vie, tel j'ai peint Henri IV, même au milieu de ses faiblesses.
On trouvera dans presque tous mes écrits cette hjinaânits quLdoit elfe le premier caractère d'im ctrp p/^nj;apf ; on v verra (si j'ose m 'exprimer ainsi) k dégtr du.biaîhetu- des hommes, l'horreur de l'injustice et de l'orpressJOT ; et c'est cela seul qui a jusqu'ici tiré mes ouvrages de l 'obscurité oii Ictirs défauts d('^•3icnt les ensevelir.
\'oilà pourquoi la Hairiade s'est soutenue malgni les efiorls de quelques l'rançais jaloux, qui ne voulaient pas absolument qiie Li France eût un poème épique. Il y a toujours un petit nombre de lecteurs qui ne laissent point empoisonner leur jugement du \-enin des cabales et des iiitrigues, qui n'aiment que le vrai, qui cherchent toujours l'homnxe dans l'auteur : x-oilà ceux devant qui j'ai trouvé grâce. C'est à ce petit nombre d'hommes que j'adresse les réflexions suivantes ; j'espère qu'ils les pardonneront à la nécessité où je suis de les faire.
Un étranger s'étonnait un jour à Paris d'uue foule de libelles de toute espèce, et d'un déchaînement cruel, par lequel un homme ét-ut opprimé, 0 II faut apparemment, dit-il, que cet homme soit d'une grande ambition, et qu'il cherche à s'élever à quelqu'un de ces postes qui irritent la cupidité humaine et l'en^-ie. — • Non, lui répondit-on ; c'est un citoyen obscur, retiré, qui vit plus avec Virgile et Locke qu'avec ses compatriotes, et dont la figure n'est pas plus connue de quelques-uns de ses ermerais que du graveur qui a prétendu graver son portrait. C'est i 'auteur de quelques pièces qui vous ont fait \"erser des larmes, et de quelques ouvrages dans lesquels, malgré leurs défauts, vous aimez cet esprit d'hmnanité, de justice, de liberté, qui y règne. Ceux qui le calomnient, ce sont des hommes poxir la plupart plus obscurs que lui, qui prétendent lui disputer im peu de fumée, et qui le persécuteront jusqu'à sa mort, uniquement à cause du plaisir qu'il vous a donné. « Cet étranger se sentit quelque indignation pour les persécuteurî, et quelque bienveillance pour le persécuté.
Il est dur, il faut l'avouer, de ne point obtenir de ses contemporains et de see compatriotes ce que l'on peut espérer des étrangers et de la postérité. Il est bien cruel, bien honteux pour l'esprit humain, que la littérature soit infectée de ces haines persotmelles, de ces cabales, de ces intrigues, qui devraient être le paruge des esclaves de la fortune. Que gagnent les aotenrs
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«n se déchirant mutuellement? Ils avilirent une profession qu'il ne tient qu'à eus de rendre respectable. Faut-Il que l'art de pens«r, le plus beau partage des hommes, devienne une source de ridicules et que les gens d'esprit rendus souvent par leurs querelles le jouet des sots, soient les boulions d'un public dont ils devraient être les maîtres ?
Virgile, Varius, Pollion, Horace, Tibulle, étaient amis ; les monuments de leur amitié subsistent et apprendront à jamais aux hommes que les esprits supérieurs doivent être unis. Si nous n'atteignons pas à l'excellence de leur génie, ne pouvons-nous pas avoir leurs vertus? Ces hommes sur qui l'univers avait les yeux ; qui avaient à se disputer radmirati<Mi de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, s'aimaient pourtant, et vivaient en frères ; et nous, qui sommes renfermés sur un si petit théâtre, noùs7 d<5Qt les noms, à peine connus dans un coin du monde, passeront bientôt comme nos mod«î, nous nous aciamons les uns contre les autres pour un éclair de réputation qui, hors de notre petit horizon, ne frappe les yeux de personne. Nous sommes dans un temps de disette ; nous avons peu, nous nous l'arrachoas, Virgile et Horace ne se disputaient rien parce qu'ils étaient dans l'abondance.
On a imprimé un li\TC, d< Morbis artifkum, des Maladies des artistes ». La plus iacurable est cette jalousie et cette bassesse. Mais ce qu'il y a de déshonorant, c'est que l'intérêt a souvent plus de part eHCore que l'envie à toutes ces petites brochures satiriques dont nous sommes inondés. Ou demandait, il n'y a pas longtemps, h un homme qui avait fait je ne sais quelle mauvaise brochure contre son ami et son bienfaiteiir, pourquoi il s'était emporté à cet excès d'ingratitude. Il répondit froidement : « Il faut que je vive '. »
De quelque source que partent ces outrages, il est sûr qu'un homme qui n'est attaqué que dans ses écrits ne doit jamais répondre aux critiques ; car, si elles sont bonnes, il n'a autre chose à faire qu'à se corriger ; et, si elles sont mauvaises, elles meurent en naissant. Souvenons-nous de la fable de Boccalini ■^ : <■ Un voyageur, dit-il, était importuné, dans son chemin, du bruit des cigales ; il s'arrêta pour les tuer ; il n'en vint pas à bout, et ne fit que s'écarter de sa route : il n'avait qu'à continuer paisiblement son voyage ; les cigales seraient mortes d'elles-mêmes au bout de huit jours. »
Il faut toujours que l'auteur s'oublie ; mais l'homme ne doit jamjùs
s'oublier : se ipsum àtserere turpissimunt est *. On sait que ceux qui n'ont
{pas assez d'esprit pour attaquer nos ouvrages calomnient nos personnes ;
quelque honteux qu'il soit de leur répondre, il le serait quelquefois davantage
de ne leur répondre pas '•>.
t. Le médecin itaiiea Berstardin Rama2- 4, S'abaodo&aer sai-fo^rae est U pire
zini (1633-1714) est l'auteur d'un livre Intl- bontc.
tulé ; d-t Alorbis artifictim diatriba, qui 5. l'arumU. Dans l'édition Oii^inaJe, 00
traite des maladies des artisans (le mot la- liiait de plus ki :
tin artijex eigoiâe à U fois artisan et artUt?; 0 H y a une de ces caioamies rfpUées
Voitaire a pris par eirevir le second sens au dan» vic^ libelles au sujet de la belle é<li-
JJCU du premier). tion anglaise de la HenrùuU. l\ ne s'a^t Id
a. Ce fut l'abbé Guyot-Desfootaineà qui que d'un vil lnt*r#t. Ma conduite prouve fit cette réponse à M. le comte d'Argensoo. assez combien j« suis au-des»Ui de ces basdepuis secrétaire d'Etat de la guerre {NoU sessea. Je ne souillerai point c«t écrit d'un Ue iji4). détail si avilissant. On tnHi\-era chti Bauctte
3. Ecrivain italien (1556-1613), auteur libraire une réponse satlrfais.\nl». Mais U
de nombreu-t écdta &atiriqu(<5, eu partlcu- y a d'autres accusations qiK l'honneur obli-
11er contre les Espagnols. ge â repousser, t