‹ Théâtre choisi illustréChapitre 78 sur 191 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Tout pouvoir, en uu mot, périt par l'indulgci^cc,

Et la bévérité produit l'pbéissancc. .

Je sais qu'aux Castillans ir~sûfiït de l'honneur,

Qu'à servir sans murmure ils mettent leur grandeur :

Mais le reste du monde, enclave de la crainte,

A besoin qu'on l'opprime et sert avec contrainte. '

Les dieux même adorés dans ces climats affreux, "

S'ils ne sont teints de sang, n'obtiennent point de vœux'.

ALVAREZ

Ah ! mon fils, que je hais ces rigueurs tj ranuiques ! N y » Les pouvez- vous aimer, ces forfaits politiques, VXj^jtA Ou^CC-»

Vous, chrétien, vous choisi pour régner désormais V^

Sur des chrétiens nouveaux au nom d'un Dieu de paix? / Vos yeux ne sont-ils pas assouvis des ravages Qui de ce continent dépeuplent les rivages? Des bords de l'Orient n'étais-je donc venu Dans un monde idolâtre, à l'Europe inconnu, 'Que pour voir abhorrer sous ce brûlant tropique ^t le nom de l'Europe, et le nom catholique? j

Ah ! Dieu nous envoyait, quand de nous il fit choix *, Pour annoncer son nom, pour faire aimer se^ lois : Et nous, de ces cUraats destructeurs implacables. Nous, et d'or et de sang toujours insatiables. Déserteurs de ces lois qu'il fallait enseigner. Nous égorgeons ce peuple au lieu de le gagner. Par nous tout est eu sang, par nous tout est en poudre, r Et nous n'avons du ciel imité que la foudre. ) .

Notre nom, je ra\-oue, inspire la terreur ; ■ Les Espagnols sont craints, mais ils sont eu hoiTeur: Fléaux du nou%'eau mondô, injustes, ^'aiûs, avares. Nous seuls en ces climats nous sommes les barbares. L'Américain, farouche en sa simplicité, Nous égale en courage, et nous passe eu bonté. Hélas I si comme vous il é^t sanguinaire, S'il n'avait des vertus, vous n'auriez plus de père. Ave2-%T3us oublié qu'Us m'ont sauvé le jour? Avez-vous oublié que près de ce séjour Je me vis entouré par ce peuple eu furie. Rendu cruel enfin par notre barbarie?

T. On immoUit quelquefois des hommes 2. Vananlt. «D .\meriqu'' ; mais U n'y a presqne ancun .^h ! Dieu nous envoyait par un plus heupeupJe c,ui n'^it été coupable de cette hor- [reux clioiz.

rible superstition. (V.)

lOi — ALZIRE

Tous les miens, à mes 3'eux, termiuèc«At kur sort.

J'étais Mul, fians secours, et j'attendais la mort :

Mais à mon nom, mon fils, je vis tomber leurs armes ;

Un jeune Américain, les yeux baignés de larmes.

Au lieu de me frapper, embrassa mes genoux.

« Alvarez, me dit-il, Alvarez, est-ce vous ' ?

Vivez, votre vertu nous est trop nécessaire :

Vivez, aux malheureux servez longtemps de père.

Qu'un peuple de tyrans, qui veut nous enchaîner.

Du moins par cet exemple apprenne à pardonner ^ !

Allez, la grandeur d'âme est ici le partage

Du peuple infoiluné qu'ils ont nommé sauvage. »

Eh bien ! vous gémissez : je sens qu'à ce récit

Votre cœur, malgré vous, s'émeut et s'adoucit.

L'humanité vous ^af le, ainsi que votre père. .\ ^J^

Ah ! si la cniauté vous était toujours chère, ^ '

De quel front aujourd'hui pourriez-vous vous offrir ,

Au vertueux objet qu'il vous faut attendrir ;

A la fille des rois de ces tristes contrées.

Qu'à vos sanglantes mains la fortune a livrées?

Prétendez-vous, mon fils, cimenter ces liens

Par le sang répandu de ses concitoyens?

Ou bien attendez-vous que ses cris et ses larmes

De vos sévères mains fassent tomber les armes ?

G us M AN

Eh bien ! vous l'ordonnez, je brise leurs liens, J'y consens ; mais songez qu'il faut qu'ils soient chrétiens : Ainsi le veut la loi : quitter l'idolâtrie

Est un titre en ces lieux pour mériter la vie , ^

A la rehgion gagnons-les à ce prix :

Commandons aux cœui's même, et forçons les esprits. De la nécessité le pou voir~~ invincible Traîne au pied des autels un courage inflexible. Je veux que ces mortels, esclaves de ma loi, VUXjiaAJL C Tremblent sous un seul Dieu, comme sous un seul roi.

ALVAREZ

Écoutez-moi, mon fils ; plus que vous je désire Qu'ici la vérité fonde un nouvel empire,

I. On trouve un pareil trait dans une 2. VatiiKtie. [donner 1

relation de la Noinclle-Eypagnc (V.). Par cet exemple un jour apprenne à par-

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