‹ Théâtre choisi illustréChapitre 89 sur 191 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Quel vieillard ou quel dieu vient ici m'étonner? CTu parais Espagnol, et tu sais pardonner !yri:rr'' Es-tu roi? Cette ville est-elle en ta puissance?

ALVAREZ

Non, mais je puis au moins protéger l'iiMiocence.

Quel est donc ton destin, vieillard trop généreux,?

ALVAREZ

Celui de secourir les mortels malheureux.

ZAMORE

Eh ! qui peut t'inspirer cette auguste clémence?

ALVAREZ

Dieu, ma religion, et la reconnaissance.

ZAMORE

[ Dieu ? ta religion ? Quoi ! ces tyrans cruels, \ Monstres désaltérés dand le sang des mortels, ^ Qui dépeuplent la terre, et dont la barbarie; "-— En vaste solitude a changé ma patné".

Dont l'infâme avarice est la suprême loi ! ^lon pèrÊ,.iia ji'ont donc pas le mêoaç.Dieu que toi?

ALVAREZ

Ils ont le même Dieu, mon fils ; mais ils l'outragent ; Nés sous la loi des saints, dans le crime ils s'engagent. Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir ; Tu connais leurs forfaits ; mais connais mon devoir. Le soleil par deux fois a, d'un tropique à l'autre, Éclairé dans sa marche et ce monde et le nôtre. Depuis que l'un des tiens, par un noble secours. Maître de mon destin, daigna sauver mes jours. Mon cœur, dès ce moment, partagea vos misères ; Tous vos concitoyens sont devenus mes frères. Et je mourrais heureux si je pouvais trouver Ce héros inconnu qui m'a pu conserver. .

ZAMORE

A ses traits, à son âge, à sa vertu suprême,

C'est lui, n'en doutons point, c'est Alvarez lui-même.

Pourrais-tu parmi nous reconnaître le bras

A qui le ciel permit d'empêcher ton trépas?

ALVAREZ

Que me dit-il? Approche. O ciel ! ô Providence ! C'est lui, voilà l'objet de ma reconnaissance.

114 — ALZIRE

.Mes yeux, mes tristes yeux affaiblis par les ans, Hélas ! avcz-vous pu le chercher si longtemps?

(Il V embrasse.) Mon bienfaiteur ! mon fils ! parle, que dois-je faire? Daigne habiter ces lieux, et je t'y sers de père. La mort a respecté ces jours que je te doi. Pour me donner le temps de m'acquitter vers toi.

ZAMORE

Mon père, ah ! si jamais ta nation cruelle Avait de tes vertus montré quelque étincelle, Crois-moi, cet univers aujourd'hui désolé Au-devant de leur joug sans peine aurait volé. Mais autant que ton âme est bienfaisante et purei Autant leur cruauté fait frémir la nature : »

Et j'aime mieux périr que de vivre avec eux. Tout ce que j'ose attendre, et tout ce que je veux, C'est de savoir au moins si leur main sanguinaire Du malheureux Montèze a fini la misère ; Si le père d'Alzire... hélas ! tu vois les pleurs Qu'un souvenir trop cher arrache à mes douleurs.

ALVAREZ

Ne cache point tes pleurs, cesse de t'en défendre ; C'est de l'humanité la marque la plus tendre. Malheur aux cœurs ingrats, et nés pour les forfaits, Que les douleurs d'autrui n'on. attendris jamais ! Apprends que ton ami, plein de gloire et d'années, Coule ici près de moi ses douces destinées.

ZAMORE

Le verrai-je?

ALVAREZ

Oui ; crois-moi, puisse-t-ll aujourd'hui T'engager à penser, à vivre comme lui !

ZAMORE

Quoi ! ;\Iontèze, dis-tu. . . ?

ALVAREZ

Je veux que de sa bouche Tu sois instruit ici de tout ce qui le touche, Du sort qui nous unit, de ces heureux liens Qui vont joindre mon peuple à tes concitoyens.

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