PROLOGUE
Mortel, il est robjet d’une immortelle haine :
Aussitôt que ses jours commencera sa peine ;
Les lions, les serpents, les hydres, les taureaux, Seront de son repos les renaissants bourreaux ;
Et je regretterais une heure de sa vie
Qui d’un nouveau travail ne serait poursuivie.
Je sais que son courage, égal à son malheur, Remplira l’univers du bruit de sa valeur.
Que, lion, plus lion que tous ceux de Némée,
Il lassera ma haine à sa perte animée ;
Je sais que ses effets passeront mes desseins.
Que mes yeux seront las bien plus tôt que ses mains, Qu’il achèvera plus que je ne délibère.
Et que par ses exploits il prouvera son père.
Mais que des enfers même il sorte glorieux.
Que, second Encelade, il attaque les deux.
Et mette la frayeur au sein du dieu de Thrace,
Mon seul ressentiment, ma seule passion Saura bien triompher de son ambition.
D’autres armes manquant à ma fureur extrême,
Je n’opposerai plus que lui-même à lui-même ; Lui-même il se vaincra; s’il naît pour vaincre tout, De ce dernier ouvrage il viendra bien à bout.
Je veux qu’il ait ensemble et la gloire et la honte. Qu’au rang de ses vaincus quelque jour on le compte ; S’il triomphe de tout, et si pour son trépas Tout autre est impuissant, il ne le sera pas ;
Lui-même contre lui servira ma colère Mieux qu’hydre, que serpents, que lion, que Cerbère, Et ne laissera pas à la postérité L’audace d’attenter à la divinité.