PROLOGUE
Ma vengeance profite aux objets de ma haine,
Et j’établis leur gloire en méditant leur peine.
Sur ce trône éternel les sept filles d’Atlas A ma confusion ne brillent-elles pas ?
Des pudiques la gloire est due aux vicieuses,
Et le crime de trois en fit sept glorieuses.
Vis-je pas qu’à ma honte Ariane y monta Par la laveur du fils dont Sémèle avorta?
Les deux astres jumeaux que l’Océan révère N’y triomphent-ils pas du péché de leur mère? L’honneur ne conduit plus en ces champs azurés ;
Les vices aujourd’hui s’en sont fait les degrés;
Où la vertu régna le déshonneur habite,
Et le crime a le prix qu’eut jadis le mérite.
Mais que ma plainte à tort ramène les vieux ans Où le temps lui fournit des objets si présens !
Alcmène ira bientôt y posséder la place Que sans doute déjà ce perhde lui trace ;
Déjà je crois Fy voir, en pompeux appareil.
Venir remplir un lieu plus haut que le soleil.
D’un regard dédaigneux braver ma jalousie.
Et, riante à mes yeux, savourer l’ambroisie :
C’est ce superbe objet de mon juste courroux Qui tire de mon lit cet adultère époux.
Qui, comblant de faveurs son ardeur effrénée.
M’ôte les saints baisers qu’il doit à l’hyménée;
C’est d’elle (si du sort qui régit l’univers Les livres éternels à mes yeux sont ouverts).
C’est d’elle que va naître un héros indomptable.
Un Alcide, un prodige aux monstres redoutable.
Qui seul doit plus que tous obscurcir mon renom.
Et qui seul doit régner au mépris de Junon.
Combien dure la nuit qui le promet au monde!
Le soleil par respect n’ose sortir de Fonde,
Et, par solennité, la courrière des mois Contre l’ordre des nuits n’en fait qu’une de trois : Ainsi, pour honorer ce qui me déshonore.
Le Ciel même fléchit, le jour ne peut éclore.
Et pour un fruit honteux de baisers criminels La nature interrompt ses ordres éternels.
Mais qu’il naisse et commence une incroyable histoire. Sa peine avec usure achètera sa gloire :
Le noir séjour des morts, l’air, la terre, le ciel. Vomiront contre lui tout ce qu’ils ont de fiel ;