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ACTE I, SCÈNE II

A quelle complaisance un serf est-il réduit,

Qu’il faille marcher seul à telle heure de nuit ?

.^i du guet par hasard la rencontre importune Se trouve sur mes pas, quelle est mon infortune ?

Mon innocence alors, veuve de tout secours,

Emploîra vainement et raison et discours ;

Ces gens, pour mon malheur, trop pleins de courtoisie, Me voudront recevoir contre ma fantaisie,

IM, croyant me traiter bien honorablement.

De la maison du roi feront mon logement.

Le plaisir de mon maître à ce malheur m’expose;

Son imprudence ainsi de mes heures dispose :

A ses commandements le jour ne suffit pas,

11 lui plaît que la nuit exerce encor mes pas ;

Quelque mal qui m’arrive, il croit tout raisonnable A qui semble être né pour être misérable.

Chez les grands le servage est plus rude en ce point Qu’aux forces le travail ne s’y mesure point.

Qu’on n’y distingue point le droit de l’injustice.

Et qu’il faut que tout ploie au gré de leur caprice ; ^ Leur esprit, franc de soins en son oisiveté.

Trouve à tous nos travaux de la facilité,

El, sans considérer jour, nuit, chaud, ni froidure. Veille, course, ni peine, à leur avis n’est dure.

Mais dessus son malheur si longtemps méditer.

Au lieu de l’amoindrir ne fait que l’irriter;

11 est plus à propos que mon humble pensée. Compagne de mes vœux, vers le ciel soit dressée.

Et que je reconnaisse avec soumission Les biens que nous tenons de sa protection.

Certes, en ce combat, contre toute apparence,

Ses faveurs ont de loin passé notre espérance;

Tous ont exécuté plus qu’ils n’avaient promis :

Chaque coup mettait bas un de nos ennemis,

IM mon maître, à nous voir les destins si propices,

A douté si des dieux marchaient sous ses auspices.

Des rebelles enfin Tespérance est à bas ;

Créon est rétabli dedans tous ses États,

El mon maître vainqueur m’envoie à ma maîtresse Annoncer cette heureuse et commune allégresse.

LES SOSIES

MERCURE, en habit et visage de Sosie; SOSIE. MKRCURE.

Inspiré de mon père à qui tout est connu,

Représentons celui que je suis devenu.

Le voici qui, rêveur, sa harangue étudie.

SOSIE

Mais consultons un peu ce qu’il faut que je die :

Car je fuyais plus fort au plus fort du combat.

Et de frayeur encor le cœur au sein me bat.

Plus leurs bras s’employaient à ce sanglant office,

Plus mes jambes aussi se donnaient d’exercice ;

Je mesurais mes pas à l’ardeur de leurs coups.

Et la peur m’animait autant qu’eux le courroux.

MERCURE

Ce menteur éternel, à soi seul imitable.

Une fois pour le moins se trouve véritable.

SOSIE

N’omettons rien pourtant dont on puisse juger Que j’aie été présent au plus pressant dange^r;

Et ce que je n’ai vu que par les yeux des autres.

Jurons impudemment de le tenir des nôtres.

Avisons en nous-même à parler à propos.

Je ferai mon récit, à peu près, en ces mots :

Madame, Amphitryon (arrivés que nous sommes),

Entre les principaux, a fait choix de deux hommes.

Gens de cœur et zélés sur tous les citoyens.

Pour envoyer d’abord vers les Téléboyens ;

Tous deux partent du camp, avec ordre d’apprendre Si Ptérèle prétend ou se perdre ou se rendre.

S’il veut par son devoir se procurer la paix.

Ou s’il veut que du bruit nous passions aux effets.

Mais en lui ces hérauts trouvent une âme altière, ’

Qui de notre fureur augmente la matière.

D’une audace effrontée il repart aigrement Qu’il trouvera sa paix en notre monument.

Qu’il a depuis longtemps appris de son courage A ne s’effrayer pas d’un si léger orage.

Et que ses gens et lui, vieillis dans les hasards. Verraient sans peur le foudre aux mains môme de Mars Mon maître, à ce rapport, fait sortir notre armée :

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