ACTE I, SCÈNE III
^Tun funeste flambeau la guerre est allumée ;
Les drapeaux déployés, chacun marche en son rang,
Et ne respire plus que carnage et que sang.
L’ennemi d’autre part, en superbe équipage. L’impatience aux mains et l’audace au visage.
Sort l’enclos de sa ville, et, par un vain orgueil,
Semble sous ses remparts marquer notre cercueil.
D’un et d’autre côté les trompettes résonnent;
La terre d’alentour rend les airs qu’elles sonnent :
A ce bruit éclatant le cœur croît aux soldats.
Et cette noble ardeur leur fait croître le pas.
Les chefs des deux partis, après quelques prières.
Par qui chacun se croit rendre les dieux prospères. Sollicitent leurs gens et marchent à la fois.
Mais font mieux par l’exemple encor que par la voix. Alors tout ce qu’on a d’adresse et de courage.
En ce pressant besoin on le met en usage;
L’eflet de la promesse en l’ouvrage se voit :
^Le sang dérobe au fer la lueur qu’il avoit ;
Il tombe par ruisseaux, il coule à chaque atteinte, L’herbe en prend la couleur et la terre en est teinte. Chaque arme, à chaque choc, produit autant d’éclairs; Le bruit en retentit dans le milieu des airs.
Et cet humide lieu, non sans raison, s’étonne Que, hors de son espace, il pleuve, éclaire, et tonne.
La victoire à la fin se déclare pour nous;
Il tombe autant de corps que nous portons de coups : Le mort et le mourant pêle-mêle s’entasse ;
Mais leur trépas est beau : chacun meurt en sa place ; L’ordre est en ce désordre, et de ces nobles cœurs Le courage héroïque étonne les vainqueurs.
Avec nous leur vertu leur partage la gloire ,
Mais la force et le sort nous donnent la victoire;
Nos efforts sont suivis d’un prospère succès.
Et notre joie alors va jusques à l’excès.
MERCURE
Certes, la vérité, hors de ce qui le touche.
Sort nûment et sans art de sa profane bouche :
Car nous vîmes du ciel les deux camps se heurter; Mon père y mit la main.
Que le plus noble exploit qui finit la querelle Eut celui de mon maître en la mort de Ptérèle ;
SOSIE
J’oubliais d’ajouter
LES SOSIES
Sa main, rouge da sang de ce superbe roi,
Remplit ce qui resta de terreur et d’effroi ;
L’espoir abandonna ces généreuses âmes.
Et lors nos gens sans peine achevèrent leurs trames. Enfin ce grand combat finit avec le jour;
Mais jamais le soleil ne fit un si long tour.
Quelque heureux qu’il nous fût, il me lut une année : Car je ne mangeai point de toute la journée;
Je fus du rang des morts, et la faim en effet Me fit autant mourir que le fer aurait fait.
En ces mots à peu près je ferai ma harangue.
Certes, je n’osais tant espérer de ma langue;
Elle a fait son devoir en cette occasion.
Et n’a rien entrepris à ma confusion.
Marchons donc ; je m’amuse, et ma charge me presse D’aller de ce récit réjouir ma maîtresse.
MERCURK, à part.
Prenons de sa figure et de son propre nom Le droit de le chasser de sa propre maison :
Mettons feintes, serments et malice en usage; Représentons ses mœurs ainsi que son visage; Battons-le de ses traits. Mais pourquoi dans les cieux D’un si fixe regard attache-t-il ses yeux?
SOSIE, regardant le ciel.
Par quelle ivrognerie ou quel plaisant caprice A le dieu de la nuit oublié son office?
Il semble que ces feux, cloués au firmament.
Contre leur naturel n’aient plus de mouvement;
Je ne vois dévaler dans leurs grottes liquides Orion ni Vesper, ni les sept Atlantides :
La lune semble fixe, et jamais le soleil.
Si leur cours est si lent, ne rompra son sommeil.
MERCURE, à part.
Achève, heureuse nuit, d’obéir à mon père.
Et de longtemps encor ne finis ta carrière.
SOSIE
Amants, que cette nuit vous veut favoriser!
MERCURE
Mon père en fait l’épreuve, et sait bien en user.
SOSIE
Autre ne fut jamais de si longue durée Qu’une où de mille coups j’eus la peau déchirée,
Où cent valets sur moi se lassèrent les bras.
La lune, pour me voir, arrêta court ses pas;