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ACTE V, SCÈNE IX

LAURE

Sans doute elle me touche.

OCTAVE , à Lydie.

Approchons, qu’est ceci ?

l’infante.

Je reconnais sa main en l’écrit que voici.

Et sens certain instinct dont la force secrète Fais que j’entends ma mère à cette voix muette.

(Elle lit.)

A VInfante Porcie.

« De votre sœur naissante on eût borné le sort,

« Si l’on eût de son père exécuté l’envie :

« Mais sa mère empêcha sa mort,

« Et lui donna deux fois la vie :

« Qu elle tienne auprès de vous « Rang de sœur et de princesse ;

(c Ainsi le ciel vous soit doux !

« Voilà le testament qu’en mourant je vous laisse. »

Dieux ! que le ciel sur moi calme tôt son courroux.

De me rendre une sœur quand je perds un époux !

Qu’une sensible joie à mon affront succède.

Et que près de mon mal il a mis son remède Achevez, bon vieillard, votre commissi?n:

Montrez-moi cet objet de mon aftection.

GLIDAlViAS , montrant Laure.

Vous le voyez. Madame.

l’infante, l’embrassant.

Ah ! le sang me la montre.

LAURE

Dieux ! qu’entends-je ?

l’infante.

O ma sœur ! quelle est cette rencontre?

Que les décrets des dieux passent de loin nos sens.

Et qu’à les pénétrer nos yeux sont impuissants !

LAURE

Quoi ! je trouve par eux ma sœur en ma rivale ?

ORANTÉE.

Quelle heureuse fortune à la nôtre est égale ?

GLIDAMAS.

Apprenez en deux mots quel caprice du sort Destinait son enfance au pouvoir de la mort :

Elle fut condamnée, et par arrêt d’un père.

LAURE PERSÉCUTÉE

A la perte du jour dès les flancs de sa mère,

Et tout par la frayeur d’un songe, qui souvent,

Comme il n’est que vapeur, ne produit que du vent. Chacun sait à quel point l’illusion des songes En un facile esprit imprime ses mensonges,

Et que quelquefois même en leurs obscurités Sa superstition trouve des vérités.

Or, presque chaque nuit, du temps de la grossesse Qui promettait au jour cette belle princesse,

Prlêmes objets d’horreur toujours lui paraissants, Jusqu’à le rendre au lit, altérèrent ses sens :

Ces frayeurs menaçaient sa maison d’une fille Qui de l’un de ses chefs priverait sa famille,

Et, faisant d’une cour deux contraires partis.

Contre un père régnant révolterait son fils.

Effrayé de ce songe et de cette menace :

(( Qu’on retranche, dit-il, ce monstre de ma race :

Qu’il meure de la main qui naissant le prendra.

Et qu’il perde le jour, le jour qu’il y viendra. »

La reine avait promis d’accomplir sa colère ;

Mais son cœur fut touché d’un sentiment de mère,

Qui lui fit redouter la justice des cieux Et mettre entre mes mains ce dépôt précieux.

Elle fit croire au roi que la fille était morte.

Et, m’ayant fait venir, me parla de la sorte :

« Va, sauve, Clidamas, et par un prompt départ.

Ce gage que le ciel te commet de ma part.

Je sais combien ton soin me fut toujours fidèle ;

Garde encor que jamais ce secret se révèle.

Si ce n’est quand les lois d’hyménée et d’amour Obligeront sa sœur à quitter cette cour. »

Hélas ! après ces mots, suivis de quelques autres. M’ayant mis dans les mains ce que je mets aux vôtres. Et m’ayant obligé d’un solennel serment A gardèr ce secret inviolablement.

Soit d’effort de sa couche, ou d’excès de tristesse,

La douleur de la mort saisit cette princesse ;

Et moi, fuyant le roi, me rendis en ces lieux.

Où j’eus soin d’élever ce chef-d’œuvre des cieux. Quand j’y pense depuis, la mort de votre mère.

Et le long différend du prince et de son père

Ont été les effets du songe malheureux

Qui menaçait ses jours d’un sort si rigoureux;

Le respect du serment que je fis à la reine

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