LES MÊMES , LE ROI , LE COMTE
ORANTÉE.
Voici le roi, Madame ; achevez un ouvrage Oui m’oblige envers vous d’un éternel hommage. Vous, Laure, cachez-vous.
LE ROI , au comte.
De cette Laure, enfin, Nous avons su dompter l’ambitieux destin.
Et par une alliance un peu mieux assortie...
Ma fille, eh bien, de quoi vous a-t-on divertie?
l’infante.
D’un différend d’amour : vous saurez quel il est; Mais le prince a déjà souscrit à mon arrêt :
Sa voix de votre aveu sera-t-elle suivie?
LE RO[
Oui, je vous le promets, s’agît-il de ma vie :
Vous ne sauriez faillir avec le jugement Qu’on remarque en ce front peint si visiblement. Quel est donc cet arrêt?
l’infante.
Sachez-le par la bouche Du beau couple amoureux à qui l’affaire touôhe, Et qu’il baise les mains à Votre Majesté D’un hymen confirmé par son autorité.
(Orantée et Laure se jettent aux pieds du roi.) ORANTÉE.
A notre amour, enfin, serez-vous exorable.
Ou contredirez-vous cet arrêt favorable?
S’il vous souvient du pacte entre nous arrêté,
Son succès sollicite encor votre équité :
Car Laure est innocente, et j’ai su l’artifice Par qui l’on me rendit un si mauvais office.
LE roi.
Lâche persécuteur du repos de mes jours. Traître! que je souscrive à tes folles amours? Non, non, tu t’es flatté d’une attente frivole.
Et la surprise ici dispense ma parole :
LAURE PERSÉCUTÉE
Une fille inconnue asservir sous ses lois...
Ah ! le courroux m’emporte et m’empêche la voix. l’infante.
Eh bien, Laure, Monsieur, n’étant point son épouse, Obtiendra-t-il ma sœur?
LAURE
Je n’en suis point jalouse.
LE ROI
Par la proportion des maisons et du rang.
Ou vous ou votre sœur honoreriez mon sang.
l’infante.
Que Laure obtienne donc l’heur de votre alliance; Dedans un même flanc nous avons pris naissance. Mais ne vous obligez qu’avec condition D’être au long informé de son extraction.
Le sort dès sa naissance eut dessein sur sa vie :
Mais ma mère empêcha qu’elle lui fût ravie.
Et la commit au soin de ce sage vieillard Qui me rend cet écrit qu’il gardait de sa part.
(Le roi lit la lettre.)
Daignez donc à ma sœur accorder cette gloire,
Et tantôt plus au long vous saurez cette histoire.
LE ROI
Par quel autre sujet d’un juste étonnement Puis-je être plus surpris et plus heureusement?
Oui, vous me forcerez par cette connaissance.
Et certes sa vertu témoigne sa naissance.
Mais quel événement suivra votre dessein ?
Puis-je voir sans regret votre voyage vain ?
ORANTÉE.
Le succès peut passer le dessein qui l’amène ;
Faites un double hymen, donnez-nous une reine. Votre lumière ici jette encore un beau jour,
Et ne vous exclut pas des mystères d’amour.
LE ROI
Beau charme des esprits, puis-je sans vous déplaii e Offrir à votre empire une âme tributaire.
Et le blanc, qui commence à teindre mes cheveux, Ne joint-il point la honte à l’offre de mes vœux? l’infante.
A qui ne serait chère une faveur si rare ?
LE ROI
Sus, que toute ma cour pour ce soir se prépare,