ACTE I, SCÈNE II
LYDIE
Vous dissimulez bien ! le cœur vous reviendra,
Et ce n’est pas encor le coup qui vous tûra.
A des veux clairvoyants la feinte est inutile ; Certains bruits en un mot s’épandent par la ville, Et non sans fondement et sans quelque raison. Qui vous rendent suspect...
De quoi ?
LYDIE
De trahison,
Ou, pour mieux en parler, d’amour pour Aurélie, Au mépris de la foi dont le serment vous lie.
Son frère, qui vous suit inséparablement.
Semble être à ce soupçon un juste fondement.
ÉRASTE
Juste ciel !
LYDIE
Et Tamour règne, s’il le faut dire,
Dans les yeux d’Aurélie avecque tant d’empire, Qu’outre les cruautés et les meurtres secrets Que ce tyran commet, avecque leurs attraits.
Dans les plus résolus et plus fermes courages. L’inconstance peut bien être un de ses ouvrages,
Et pourrait bien avoir à des charmes si doux Acquis l’autorité qu’une autre avait sur vous :
C’est sur ce fondement...
ÉRASTE
Éroxène, Lydie,
A pu me soupçonner de cette perfidie?
Moi, traître !
(Il veut sortir.)
LYDIE, le retenant.
Où courez-vous ?
ÉRASTE
Ne retiens point mes pas ;
Je vais la détromper.
LYDIE
Comment?
ÉRASTE
Par mon trépas.
Mais, perdant la clarté, j’emporterai la gloire...
LYDIE
Le mal n’est pas si grand que je vous l’ai fait croire.
LA SŒUR
Cette peur était plus mou soupçon que le sien ;
Ne vous en troublez point : nous l’en guérirons bien. Le fréquent entretien de vous et de Lélie Me faisait redouter le pouvoir d’Aurélie ;
Mais je vois qu’il n’a point altéré votre amour.
ÉRASTE
Je t’en eusse éclaircie en me privant du jour,
Et ma mort t’eût fait voir qu’il n’est pas nécessaire D’être amant de la sœur pour être ami du frère ; Tu saurais, si l’amour avait pu t’enflammer.
Que] tort fait un reproche à qui sait bien aimer ; Cruelle, lu saurais si pour causer ma peine L’Amour puise des traits hors des yeux d’Éroxène, Et si les miens enfin conservant la clarté.
L’usage leur en plaît que pour voir sa beauté.
LYDIE
Au besoin qui la presse elle implore votre aide,
Et vous mande le mal pour chercher le remède. Vous lui ferez bien mieux paraître votre amour, Détournant cet hymen que vous privant du jour.
ÉRASTE
Dis-lui qu'où de l’esprit l’adresse sera vaine...
LYDIE
Eh bien ?
ÉRASTE
Celle du bras la tirera de peine ;
Que je vais de ce fer, s’il ne me satisfait.
Dans le cœur de Lélie effacer son portrait. L’arracher de son sein, et de cet infidèle Immoler à l’amour l’amitié criminelle.
LYDIE
Ne vous emportez pas jusqu’à ce dernier point ; Les hommes coûtent cher, ne les prodiguons point.
(Elle sort.)