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ACTE I, SCENE III

L’amitié, les serments et la foi d’aujourd’hui Ne servent qu’à tromper la bonne foi d’autrui. Mais enfin je suivrai l’exemple qu’on me donne, Et, trahi de chacun, n’épargnerai personne.

LÉLIE, à Ergaste.

Il discourt en lui-même.

ERGASTE, à Lélie.

A l’exemple des fous.

Comme frappé sans doute en même endroit que vous.

ÉRASTE, à part.

Si mon bras ne l’immole à ma juste colère.

Je veux bien que le ciel ne me soit pas prospère.

ERGASTE, à Lélie.

Que ne lui parlez-vous ?

LÉLIE, à Éraste.

Éraste, quel souci

Vous excite ce trouble et vous travaille ainsi?

ÉRASTE

Je compatis, Lélie, aux misères du monde.

Où tout souci, tout trouble et tout malheur abonde Depuis que l’amitié n’y connaît plus de loi,

Et que la foi n’y sert qu’à séduire la foi.

Mon plus cher confident travaille à ma ruine.

Et mon meilleur ami me trompe et m’assassine.

LÉLIE

Je ne le tiendrais plus en cette qualité.

Et tel ami ne peut être assez détesté.

ÉRASTE

Je ne le tiens aussi qu’en qualité de traître.

Et le déteste autant qu’il est digne de l’être.

LÉLIE

Sans vous en mettre en peine, apprenez-moi son nom, Éraste, et laissez-moi vous en faire raison.

11 est de vos amis.

LÉLIE

Des amis de la sorte.

Pour se défendre d’eux, la connaissance impprte.

ÉRASTE

Quoique infiniment traître, il ne vous peut trahir, Ni vous, quoique odieux, ne le pouvez haïr.

LÉLIE

Vous le nommez...

LA SŒUR

ÉRASTE

Lélie.

LÉLIE

Ah ! c’est me faire injure.

ÉRASTE

C’est vous-même, cruel, vous qui m’êtes parjure. Vous que pour mon ami j’ai tort de réputer.

Vous que par votre avis je dois tant détester.

LÉLLE.

J’ai part en votre peine, et plains le trouble extrême Qui si visiblement vous met hors de vous-même.

ERASTE, mettant la main sur la garde de son épée.

Et moi j’ai grande part en votre trahison;

Mais vous m’avez offert de m’en faire raison.

LÉLIE

Dites-moi donc mon crime et me tirez de peine.

ÉRASTE

Je vous le dis assez, sans nommer Éroxène ;

Et ce secret remords, qui nous sait tourmenter Et punir nos forfaits sans nous exécuter.

Témoin, juge et bourreau de votre perfidie.

Vous la reproche assez, sans que je vous la die.

LÉLIE

Si votre aveuglement ne me faisait pitié.

Ou bien si je pouvais vous manquer d’amitié.

D’un bras qui rarement attend qu’on le convie Je vous aurais déjà fait passer votre envie.

Mais sans avoir donné, du penser seulement,

A vos jaloux soupçons le moindre fondement.

ÉRASTE

Ce n’est rien que ce soir épouser Éroxène !

LÉLIE

Je crains plus son amour que je ne fais sa haine ;

Le soir qui sous ses lois rangerait mon destin Serait suivi pour moi d’une nuit sans matin.

Mais il faut pardonner à votre jalousie.

Et, pour vous bien guérir de cette frénésie.

Vous fiant mon secret, vous apprendre en deux mots Combien un tel dessein répugne à mon repos.

ÉRASTE

Si, chacun s’abusant, je m’abusais moi-même.

Je tiendrais cette erreur pour un bonheur extrême.

LÉLIE

Quand de la reine Bonne, et d’effet et de nom,

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