‹ Théâtre choisiChapitre 135 sur 375 · ACTE I, ScêNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, ScêNE III

Le jour achèvera plus tôt que ce discours. Laissez-le-moi finir avec une parole :

(A Éraste.)

Cinq ou six mois après, nous nous rendons à Noie, Où de Constantinople on crut notre retour ;

Et là, par mon avis et par celui d’ Amour,

Nous étant concertés, je fis croire à son père Le rachat de sa sœur et la mort de sa mère.

De Sophie à présent Aurélie est le nom;

Le père en cette erreur la souffre en sa maison.

Où, d’une chaste amour satisfaisant la flamme.

Elle est fille le jour, et la nuit elle est femme.

Jugez par ce récit si vraisemblablement Votre jaloux soupçon a quelque fondement.

Et si, quoi qu’on propose, il peut souffrir sans peine La proposition qu’on leur fait d’Éroxène.

ÉRASTE

Dieux! jamais comédie, en sa narration,

N’excita tant de joie et tant d’attention.

Et l’éclaircissement, qui dissipe ma crainte, M’interdit toute excuse et condamne ma plainte ;

Mais de quelle arme enfin espérez-vous parer L’hymen...

LÉLIE

Nous vous cherchions pour en délibérer.

J’ai fait mon personnage en cette comédie ;

Pour ce qui reste, il faut qu’Ergaste y remédie.

ERGASTE

J’ai pendant ce récit eu le temps d’y rêver;

Voyez si ce moyen se pourrait approuver :

Au vieillard Polydore Anselme offre Sophie,

Ou plutôt pour ses biens il la lui sacrifie.

Voyant qu’il s’est offert de la prendre sans dot.

LÉLIE

Il est vrai.

ERGASTE

Mon avis est qu’Éraste, en un mot,

Lui faisant la même offre, obtienne sa parole.

Et rende du vieillard l’espérance frivole:

L’bonneur qu’il recevra d’un si puissant appui,

Et le peu de rapport de Polydore à lui,

Lui feront trop des deux faire la différence Pour devoir hésiter en cette préférence.

Vous, Lélie, il faudra que vous feigniez aussi

LA SŒUR

Qil’Éroxène causant votre plus doux souci,

Votre plus grand bonheur est qu’hymen vous assemble Et lors il est aisé de vous loger ensemble,

Et que, par cet intrigue adroitement conduit...

LÉLIE

Eh bien?

ERGASTE

La sœur du jour soit la femme la nuit.

Tant que de vos vieillards, qui n’ont plus guère à vivre La mort, qui change tout, de ces soins vous délivre.

ERASTE

Comment, sans épouser, posséder leurs appas.

Ou comment, épousant, ne les posséder pas?

N’est-ce pas te confondre, ou d’un double adultère De ce lien sacré profaner le mystère?

ERGASTE

Un ami travesti, vos parents assemblés,

Vous peut-il pas unir de ces nœuds simulés?'

Puis, leur mort arrivant, un hymen légitime Des faveurs d’Eroxène effacera le crime.

LÉLIE

Un plus rare moyen ne se peut concevoir, sLi tu me rends la vie en me rendant l’espoir :

Par cet heureux avis, qui nous tire de peine,

Je conserve Aurélie.

Et j’épouse Éroxène.

ERGASTE, à part.

Moi peut-être un gibet, si l’art est éventé.

Mais n’en consultons plus : le sort en est jeté.

LÉLIE

Crois qu’il me souviendra de cet heureux office.

ÉRASTE

Crois qu’être ingrat aussi ne fut jamais mon vice.

ERGASTE

Ni refuser aussi ne fut jamais le mien.

Tous, alors qu’on vous sert, vous en promettez bien; Mais toujours pour effets vous baillez des attentes;

Vos assignations ne sont jamais contentes;

De vos profusions on n’est jamais surpris.

N’importe, la vertu de soi-même est le prix.

Je vais trouver Anselme et commencer mon rôle,

Où, si de mes efforts le succès n’est frivole,

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