ACTE III, SCÈNE III
Tenez, en saurez-vous connaître l’écriture ?
ANSELME, baisant la lettre*
O joie inespérée ! incroyable aventure !
Pour contester ce gage il est trop précieux.
Et démentir sa main est démentir ses yeux.
Hélas ! quels sentiments d’amour et de tendresse ! Que direz-vous, Géronte ? Excusez ma faiblesse ; Je ne puis refuser ces baisers ni ces pleurs A ce crayon parlant de ses vives douleurs.
Mais tu te plains à tort de mon ingratitude,
O cher et doux sujet de mon inquiétude !
Ce reproche est injuste, et le ciel m’est témoin Si j’ai manqué pour toi ni d’amour ni de soin.
GÉRONTE
Eh bien, vous rendrez-vous après ce témoignage ?
ANSELME
J’avais tort : je me rends, mais avec avantage.
Et je gagne en perdant bien plus que je ne perds, Si je puis de Constance un jour briser les fers. Mais si je m’obstinais, trouvez bon qu’ Aurélie Quant à ce qui me touche au moins me justifie. Descendez, Aurélie.
GÉRONTE
Oui, faites-la-moi voir; Outre que mon retour m’oblige à ce devoir,
Vous pourrez voir encor par notre conférence Si ce que j’ai cru d’elle est contre l’apparence.
Et si j’avance rien contre la vérité.
ANSELME
Non, je ne vous tiens pas en cette qualité ; J’aurais soupçon plutôt d’Ergaste ou de Lélie.