ACTE I, SCENE III
MERCURE
Mais qui, de grâce, es-tu? Qui t’amène en ce lieu?
SOSIE
J’appartiens à mon maître ; es-tu content? Adieu.
MERCURE
J’arracherai, pendard, cette langue effrontée.
SOSIE
Ses remparts sont trop bons pour s’y voir affrontée.
Poltron, répliques-tu? Que viens-tu faire ici?
SOSIE
Mais qu’y cherches-tu, toi qui t’en mets en souci?
MERCURE
Créon y fait veiller les gardes de la ville.
SOSIE
Oui, mais notre retour rend ce soin inutile.
Va, laisse celte charge aux gens d’ Amphitryon.
MERCURE
Ami, qui que tu sois, ou domestique ou non...
SOSIE
Eh bien?
MERCURE
Fuis tôt, et perds cette humeur suffisante. Ou ta réception ne sera pas plaisante.
SOSIE
Je suis de ce logis ; c’est où tendent mes pas.
Et tous tes vains discours ne m’en chasseront pas.
MERCURE
Je te vais rendre vain, sais-tu, de quelle sorte?
En ne te chassant pas, mais faisant qu’on t’emporte. Çà, mes poings, travaillons.
Mais pour quelle raison Me met un étranger hors de notre maison?
Quel droit y prétend-il?
MERCURE
Hors de ta maison, traître?
SDSIE.
Oui, puisque j’y demeure et qu’elle est à mon maître.
MERCURE
Quel maître?
SOSIE
Amphitryon, chef du peuple thébain.
Qui, chargé de lauriers, arrivera demain.
LES SOSIES
MERCURE
Et ton nom, imposteur?
SOSIE
On m’appelle Sosie.
MERCURE
O dieux! quelle impudence, ou quelle frénésie!
Je ne m’abuse point, je parle sainement.
MERCURE
L’imposteur! l’ejffronté! de quelle audace il ment! On t’appelle...?
SOSIE
Sosie.
MERCURE
A ton dam, misérable.
Tu viens si prestement de forger cette fable :
De cette invention cent coups seront le prix.
(Il le bat.)
SOSIE
Au secours! au voleur! Tout est sourd à mes cris.
MERCURE
Au mensonge, pendard, tu joins encor la plainte!
SOSIE
Je ne t’ai point menti, je t’ai parlé sans feinte.
MERCURE
Quoi! Sosie est ton nom?
SOSIE
Je te l’ai dit, hélas!
MERCURE
Et plût au ciel ne le fussé-je pas?
MERCURE
Mes poings, cent coups encor pour cette menterie.
SOSIE
Qui veux-tu que je sois, dis-moi donc, je te prie? Epargne un malheureux.
MERCURE
Dis ton nom, affronteur.
SOSIE
Je suis ce qui te plaît, je suis ton serviteur :
Car tes coups m’ont fait tien.
MERCURE
Ton audace est extrême