‹ Théâtre choisiChapitre 16 sur 375 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Jusques à m'affronter et prendre mon nom même?

C’est moi qui suis Sosie, et dans cette maison Jamais d’autre que moi n’en a porté le nom.

Que viens-tu faire ici ?

SOSIE

Chercher mon cimetière,

Et fournir à tes coups une indigne matière.

Es-tu Sosie encor? Réponds, qui l’est de nous?

SOSIE

Plût aux dieux le fût-il, et reçût-il les coups !

MERCURE

Approche, dis ton nom, parle; quel est ton maître?

SOSIE

Tu m’as mis en état de ne me plus connaître.

A quelle déité s’adresseront mes vœux?

Mon maître est...

MERCURE

Qui?

SOSIE

Je suis...

MERCURE

Quoi?

SOSIE

Rien, si tu ne veux.

MERCURE

Que t’importe mon nom, et quelle extravagance Te le fait usurper avec tant d’arrogance?

SOSIE

De grâce, permets-moi de parler librement;

Tu sauras qui je suis en deux mots seulement.

MERCURE

Oui, parle ; ma bonté t’accorde cette trêve.

SOSIE

Amphitryon...

MERCURE

Dis tôt.

SOSIE

Sosie...

MERCURE

Après, achève.

SOSIE

Sosie, Amphitryon...

LES SOSIES

MERCURIî.

Que crains-tu? parle tôt.

SOSIE

Faisons donc trêve aux coups, ou je ne dirai mot,

Oui, je te la tiendrai.

SOSIE

Je te crois, mais sur peine.

MERCURE

Que Mercure à jamais prenne Sosie en haine!

SOSIE

Pour rompre son serment il est trop généreux.

MERCURE

Parle.

Je suis Sosie.

SOSIE

MERCURE, le battaut.

Encore, malheureux!

SOSIE

Arrête, j’ai fait trêve et ton serment te lie.

MERCURE

Ces coups sont un remède à guérir ta folie.

Et ton mal, je m’assure, est décru de moitié.

SOSIE

O déplaisant remède, importune pitié !

Fais ce qui te plaira : mais cette violence Ne saurait plus longtemps m’ohliger au silence. Ta fourbe peut bien être un obstacle à mes pas; Mais toutes ces raisons ne me changeront pas. Je n’emprunte le nom ni la forme d’un autre ;

Je suis le vrai Sosie, et ce logis est nôtre.

MERCURE

O le fou ! l’insensé !

SOSIE

Ce sont tes qualités.

Mon maître Amphitryon, ses ennemis domptés.

Ne m’a-t-il pas du port envoyé vers Alcmène Lui conter du combat la nouvelle certaine?

N’en arrivé-je pas une lanterne en main?

Voilà pas le palais de ce prince thébain?

Ne te parlé-je pas? sais-je pas que je veille?

Tes poings ne m’ont-ils pas étourdi cette oreille ? Que n’opposé-je donc ma défense à tes coups?

A quoi perds-je le temps? que n’entré-je chez nous?

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