ACTE IV, SCÈNE II
CONSTANCE
Dieux î et c’est là d’où naît votre mélancolie !
Si je dis qu’en effet Sophie est Aurélie,
Serez-vous satisfait ?
LÉLIE
Vous me rendrez le jour.
Que, sans cette faveur, m’ôtait votre retour.
CONSTANCE
Votre hymen l’admettant dedans notre famille,
Dès à présent, mon fils, je la tiens pour ma fille. Hélas ! ignorez-vous les tendres sentiments Des mères pour leurs fils et pour leurs fils amants. Et leurs soins assidus pour eux envers leurs pères ?
ERGASïE.
O la divine femme ! ô rare honneur des mères !
Il est donc à propos de la voir du même œil,
Et de la recevoir avec le même accueil Qu’on pourrait espérer pour votre fille même.
CONSTANCE
Mon esprit n’est ni grand, ni mon adresse extrême : Mais, outre que mon sexe, à franchement parler, Est plus savant que l’autre à bien dissimuler,
Pour servir à son sang il n’est point d’aventure Où l’art puisse employer tant d’art que la nature. Entrons, et vous verrez que pour votre repos Je saurai faire, dire et me taire à propos.
ERGASTE, à Constance.
Pour ne rien hasarder, n’entrez point que Sophie, Par mes instructions amplement avertie.
Ne se soit préparée à feindre avecque vous :
Je ferai cependant descendre votre époux.
Fais donc.
(Ergaste sort.)
LÉLIE
C’est à présent que le sang me convie, O flambeau de mes jours et source de ma vie,
A m’abandonner tout à l’aimable transport Que l’amour ne m’a pu permettre à votre abord i Et certes je puis dire, après cette aventure.
Que je suis moins à vous par les droits de nature
Que par l’étroit lien et l’obligation
Que produit cet excès de votre affection ;
Qu’en me donnant la vie et le jour qui m’éclaire,
260 LA SŒUR
Vous vous acquîtes moins le titre de ma mère Qu’en me les conservant, et qu’en m’ ôtant l’ennui Qui, sans votre faveur, m’en privait aujourd’hui.
CONSTANCE
Cette faveur, mon fils, est peu considérable.
Puisque vous obliger est m’être favorable.