ANSELME, CONSTANCE, LÉLIE
ANSELME , embrassant Constance.
Cher trésor de mon cœur, tant de fois désiré,
Chaste moitié d’un tout si longtemps séparé.
Constance, aimable objet de ma constance extrême, Est-ce vous, ma chère âme, ou bien suis-je moi-même? Oui, c’est vous, oui, mon cœur reconnaît son vainqueur Au cher portrait qu’ Amour m’en grave dans le cœur.
CONSTANCE.'
O Dieux ! quel intérêt on tire de sa perte.
Après l’avoir pleurée et qu’on l’a recouverte!
Le bien de vous revoir a pour moi ‘des appas Que je crains de songer et ne posséder pas.
ANSELME
Mon transport par mes pleurs vous témoigne les charmes...
CONSTANCE
Et par mes pleurs aussi je réponds à vos larmes.
ANSELME
Déserts toujours de glace et de neige couverts.
Froids et tristes jouets des rigueurs des hivers,
Pologne, où je vivais séparé de mon âme.
Hélas ! que ton séjour fut fatal à ma flamme !
Qu’à tort je voulus voir cet objet de mes vœux Sous les mornes climats de ton sein froidureux !
Et que l’effet trop prompt de votre obéissance M’a coûté de sanglots, ô ma chère Constance,
Depuis que les rapports d’Ergaste et de mon fils,
Pour votre liberté par mon ordre commis.
M’apprirent, contre l’beur que le ciel me renvoie,
La fin de votre vie et celle de ma joie I
CONSTANCE
Ils purent en Turquie apprendre mon trépas.
Et, trompés les premiers, ne vous abusaient pas.
Puisque le sort, qui mit ma franchise en commerce.