AURÉLIE, ANSELME, CONSTANCE, LÉLIE, EUGASTE
AURÉLIE
Quoi 1 ma mère, c’est vous ?
CONSTANCE
C’est VOUS, ma chère fifi 3?
Quoi ! l’œil qui tant de fois pleura votre trépas Vous retrouve aujourd’hui pleine de tant d’appas.
Et ce beau corps enferme encor cette belle âme !
LA SŒUR
LKLIE à Ergaste, à part.
Elle feint bien, Ergaste !
ERGASTE à Lélie, à part.
0 dieux, l’habile femme !
AURÉLIE
Ah ! qu’il est vrai qu’un bien ardemment désiré Nous est d’autant plus cher qu’il est moins espéré !
Quel doux plaisir succède à ma mélancolie !
J’ignore à ce transport si je suis Aurélie.
CONSTANCE
Je n’ai trouvé mes maux ni mes fers importuns Tant qu’avec vous, ma fille, ils m’ont été communs ;
Mais votre éloignement me fit sentir mes peines.
Et connaître à mes bras le fardeau de mes chaînes.
ERGASTE, à Lélie.
Peut-elle avec tant d’art laisser aucuns soupçons ?
Je n’en fais point le fin : j’en prendrais des leçons.
Quelle aventure enfin, à mes vœux si prospère.
Quand je vous crois si loin, vous rend chez votre père?
ANSELME
Pour de si longs travaux il faut de longs discours,
Et pour vous tout conter des jours seraient trop courts. Entrons, ma chère femme ; arnenez-la, Lélie.
Pour presser le dîner, j’entre avec Aurélie.
(Anselme et Aurélie sortent.)
ERGASTE
Je croyais savoir feindre et m’en escrimer bien ;
Mais j'avoue aujourd’hui que je n’y connais rien,
Et qu’il faut que mon art le cède à votre adresse. Madame, les effets ont passé la promesse.
Et, voyant vos transports, moi-même j’ai douté Si votre feinte était ou feinte ou vérité,
LÉLIE
A voir de quel ahord vous l’avez accueillie.
Le plus judicieux eût cru voir Aurélie !
CONSTANCE
Il en eût eu raison, puisqu’elle est votre sœur.
Et que ces sentiments d’amour et de douceur Ne partent point, mon fils, d’un cœur qui dissimule.
LÉLIE
O dieux ! que dites-vous ?
Êtes-vous si crédule,