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SCÈNE IV

LES MÊMES ; NATALIE, représentée par MARCELLE.

NATALIE

O nouvelle trop vraie ! est-ce là mon époux ?

FLAVIE

Notre dernier espoir ne consiste qu’en vous : Rendez-le-nous à vous, à César, à lui-même.

NATALIE

Si l’effet n’en dépend que d’un désir extrême...

Je vais faire espérer cet heureux changement.

Voyez-le.

(Il sort et le geôlier se retire.) ADRIEN, à Natalie.

Tais-toi, femme, et m’écoute un moment.

Par l’usage des gens et par les lois romaines,

La demeure, les biens, les délices, les peines.

Tout espoir, tout profit, tout humain intérêt.

Doivent être communs à qui la couche l’est.

Mais que, comme la vie et comme la fortune,

Leur créance toujours leur doive être commune. D’étendre jusqu’aux dieux cette communauté.

Aucun droit n’établit cette nécessité.

Supposons toutefois que la loi le désire,

Il semble que l’époux, comme ayant plus d’empire,

Ait le droit le plus juste ou le plus spécieux De prescrire chez soi le culte de ses dieux.

Ce que tu vois enfin, ce corps chargé de chaînes,

N’est l’effet ni des lois ni des raisons humaines.

Mais de quoi des chrétiens j’ai reconnu le Dieu,

Et dit à vos autels un éternel adieu.

^ Je Lai dit, je le dis, et trop tard pour ma gloire, Puisqu’enfin je n’ai cru qu’étant forcé de croire,

Qu’après les avoir vus, d’un visage serein,

Pousser des chants aux cieux dans des taureaux d’airain, D’un souffle, d’un regard jeter vos dieux par terre,

Et l’argile et le bois s’en briser comme verre.

Je les ai combattus : ces effets m’ont vaincu ;

J’ai reconnu par eux l’erreur où j’ai vécu ;

J’ai vu la vérité, je la suis, je l’embrasse ;

Et si César prétend par force, par menace,

SAINT GENEST

Par offres, par conseil, ou par alléchemen'ù,

Et toi ni par soupirs ni par embrassements,

Ébranler une foi si ferme et si constante.

Tous deux vous vous flattez d’une inutile attente. Reprends sur ta franchise un empire absolu ;

Que le nœud qui nous joint demeure résolu ;

Veuve dès à présent, par ma mort prononcée.

Sur un plus digne objet adresse ta pensée ;

Ta jeunesse, tes biens, ta vertu, ta beauté,

Te feront mieux trouver que ce qui t’est ôté.

Adieu : pourquoi, cruelle à de si belles choses, Noyes-tu de tes pleurs ces œillets et ces roses ? Bientôt, bientôt le sort, qui t’ôte ton époux.

Te fera respirer sous un hymen plus doux.

Que fais-tu ? tu me suis ! Quoi ! tu m’aimes encore? Oh ! si de mon désir l’effet pouvait éclore !

Ma sœur, c’est le seul nom dont je te puis nommer. Que sous de douces lois nous nous pourrions aimer ! Tu saurais que la mort, par qui l’âme est ravie.

Est la fin de la mort plutôt que de la vie.

Qu’il n’est amour ni vie en ce terrestre lieu.

Et qu’on ne peut s’aimer ni vivre qu’avec Dieu.

NATALIE, l’embrassaut.

Oh ! d’un Dieu tout-puissant merveilles souveraines ! Laisse-moi, cher époux, prendre part en tes chaînes ! Et, si ni notre hymen ni ma chaste amitié Ne m’ont assez acquis le nom de ta moitié.

Permets que l’alliance enfin s’en accomplisse.

Et que Christ de ces fers aujourd’hui nous unisse ; Crois qu’ils seront pour moi d’indissolubles nœuds Dont l’étreinte en toi seul saura borner mes vœux.

ADRIEN

O ciel ! ô Natalie, ah ! douce et sainte flamme.

Je rallume mes feux et reconnais ma femme. Puisqu’au chemin du ciel tu veux suivre mes pas.

Sois mienne, chère épouse, au delà du trépas ;

Que mes vœux, que ta foi... Mais, tire-moi de peine Ne me flatté-je point d’une créance vaine ?

D’où te vient le beau feu qui t’échauffe le sein ?

Et quand as-tu conçu ce généreux dessein ?

Par quel heureux motif...

NATALIE

Je te vais satisfaire ;

Il me fut inspiré presque aux flancs de ma mère.

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