DON LOPE, VIOLANTE
DON LOPE, à part.
Une fois déclaré, le sort nous rit toujours :
Voici rinfante. Amour, j’implore ton secours.
(A Violante.)
Je tremble à votre approche, et mon respect. Madame, Avec tous ses efforts veut retenir ma flamme ;
Mais ma flamme, plus forte enfin que mon respect, M’expose à soutenir votre adorable aspect.
A l’ardeur de vos feux mon âme accoutumée Sait qu’elle ne peut plus en être consumée ;
Son repos se rencontre en son embrasement.
Et ce qui la détruit devient son aliment ;
Quoique par ma naissance, à la vôtre inégale,
Mon espoir s’élevant aussitôt se ravale.
Et que je semble prendre un vol trop arrogant...
VIOLANTE, étonnée.
O Dieu ! que veut ce fol et cet extravagant ?
Vos propres mains. Madame, ont avoué l’audace De ce feu qui chez vous rencontre tant de glace,
Et m’ont fait espérer quand vos yeux m’ont blessé...
VIOLANTE
Qu’entends-je ? Holà ! quelqu’un, chassez cet insensé.
DON LOPE
A tort de mes tributs votre beauté s’irrite :
Je ne suis que la loi que vous m’avez prescrite ;
Je brûle par votre ordre, et par lui je vous sers;
Il m’allume mes feux, il m’attache mes fers ,
Et ma soumission plus que mon arrogance...
VIOLANTE
Dieu ! quelle frénésie et Quelle extravagance !
DON LOPE
Il ne me manquait plus que cette qualité.
Mais de quel vain espoir m’avez-vous donc flatté ?
VIOLANTE, à part.
La fureur le saisit, je crains quelque disgrâce.
Aucun ne vient; fuyons et cédons-lui la place.
Quoi ! fol et furieux? O ciel ! mais le roi vient.
VIOLANTE
Sire, oyez quels discours cet insensé me tient.