‹ Théâtre choisiChapitre 282 sur 375 · VIOLANTE, LE COMTE, LÉONOR, PÉREZ, DON PÈDRE, DON BERNARD · texte numérisé non relu

VIOLANTE, LE COMTE, LÉONOR, PÉREZ, DON PÈDRE, DON BERNARD

DON PÈDRE, à don Bernard.

Votre silence parle et me la nomme assez.

(L'embrassant.)

Oui, mon frère, en son nom je reçois votre hommage,

(A Violante.)

Un amant se déclare à qui je vous engage :

Ses vœux, ma chère sœur, seront-ils rejetés?

VIOLANTE

Non, si de don Bernard il a les qualités.

DON PÈDRE

Il en a le nom même avecque le mérite.

(Don Bernard et Violante s’embrassent.)

DON BERNARD

O cher et doux transport que cet espoir m’excite,

Si l’heur que je conçois n’est une vérité.

Plutôt qu’un si beau songe ôte-moi la clarté.

LÉONOR, les voyant s’embrasser.

Que vois-je? ô juste ciel ! Quoi, Seigneur, la parole N’est-elle plus aux rois qu’un songe ou qu’une idole Ce matin, quelque objet qui me pût enflammer Ne me devait coûter qu’un souhait à former ;

Et cette offre, ce soir, me laisse voir l’infante. Embrassant don Bernard, étouffer mon attente.

DON PÈDRE

Si je manque à ma foi, c’est pour vous la donner.

Pour vous la tenir mieux et pour vous couronner ;

Pour accorder. Madame, à votre amour extrême Cet heureux don Bernard en un autre lui-même,

Et sous un nœud sacré soumettre en ce beau jour Les raisons de l’État à celles de l’amour.

LÉONOR

L’injure qui d’un roi partage la puissance

Et qui place en son trône est une heureuse offense.

DON PÈDRE

Comme sur mon esprit, régnez sur mes États ; Allons... Mais quel écrit trouvé-je sous mes pas?

DON BERNARD

D’une vieille suivante à ce Lope de Lune Dont la seule valeur égale l’infortune,

Ce prodige animé dont les gestes guerriers

Vous ont couvert le front de vos plus beaux lauriers,

Et de son plus beau lustre embelli votre règne;

Oui repoussa l’infant, qui soumit la Sardaigne,

Et dont la renommée, avec tant de succès.

Dans votre esprit encor n’a su trouver d’accès.

DON PÈDRE

Quel malheur l’a privé de ma reconnaissance ?

DON BERNARD

Sa dernière infortune est encor son absence ;

Car, après tous mes soins en vain officieux.

Vos longs rebuts enfin l’ont chassé de ces lieux.

DON PÈDRE

Moyennez son retour ; ma grâce avec usure Du mérite ignoré réparera l’injure,

Puisque j’éprouve en vous qu’un roi reconnaissant, A force de donner, en devient plus puissant.

NOTICE

sua

VENGESLAS

C’est en 1647 que Venceslas fut représenté, en 1648 qu’en fut publiée la première édition in-4, à Paris avec dédicace à M. de Gréquy. Dès 1648 et 1649, deux autres éditions parurent chez les Elzevier, de Leyde.

Cette fois encore, Rotrou imitait l’espagnol : mais, comme le remarque M. Jarry, il ne prit guère que le fond du sujet à Francisco de Rojas, l’atrteur de No ay ser Padre siendo Rey {On ne peut être père et roi en même temps). On trouvera une comparaison détaillée de la pièce espagnole et de la pièce française dans l’excellente Histoire du Vewceslas de Rotrou, que vient de publier M. Léonce Person. Il est cer tain, d’ailleurs, que Venceslas n’est historique qu’en apparence, et qu’aucun roi polonais de ce nom n’a pu servir de modèle à Rotrou, L’édition de 1648 donne à Venceslas le titre de tragi-comédie, et pourtant l’élément comique a disparu. Est-ce pour cette raison que l’ancienne critique, effarouchée des contrastes inattendus de Saint Genest, mais rassurée par l’apparente fidélité de Venceslas aux réglés consacrées, n’a daigné faire connaître à la postérité que cette œuvre dans le théâtre entier de Rotrou? Et pourtant, loin d’être une exception, cette « tragi-comédie, » ce drame, comme on dirait aujourd’hui, se sépare malaisément de certains autres, qui l’ont précédé ou l’ont suivi. Le héros de la pièce n’est-il pas ici, comme dans Laure persécutée, un jeune prince amoureux et jaloux ? Seulement, la jalousie nous est peinte ici dans ses effets effrayants ; Laure persécutée ne nous l’avait , montrée que sous sa forme la plus adoucie. ^

D’autre part. Don Lope de Car donc (1650-1652), imité de Lope, n’est qu’une copie effacée de Venceslas. Le roi don Philippe est un Venceslas beaucoup plus pâle, et son fils, don Pèdre, un Ladislas plus déclamatoire. Plus heureux que Ladislas, celui-ci désarme le ressentiment d’Elise, dont il a tué naguère le fiancé , mais sa vie n’est pas en dan-

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