ACTE I, SCEXE I
Et qui, sous votre nom beaucoup plus roi que vous,
Met à me desservir ses plaisirs les plus doux,
Vous fait mes actions pleines de tant de vices,
Et me rend près de vous tant de mauvais offices Que vos yeux prévenus ne trouvent plus en moi^
Rien qui vous représente et qui promette un roi.
Je feindrais d’être aveugle et d’ignorer l’envie ^
Dont, en toute rencontre, il vous noircit ma vie.
S’il ne s’en usurpait, et m’ôtai t les emplois Qui, si jeune, m’ont fait l’effroi de tant de rois.
Et dont, ces derniers jours, il a des Moscovites Arrêté les progrès et restreint les limites.
Partant pour cette grande et fameuse action.
Vous en mîtes le prix à sa discrétion.
Mais, s’il n’est trop puissant pour craindre ma colère, Qu’il pense mûrement au choix de son salaire.
Et que ce grand crédit qu’il possède à la cour.
S’il méconnaît mon rang, respecte mon amour.
Ou, tout brillant qu’il. est, il lui sera frivole.
Je n’ai point sans sujet lâché cette parole ;
Quelques bruits m’ont appris jusqu’où vont ses desseins, Et c’est un des sujets. Seigneur, dont je me plains.
VENCESLAS
Achevez.
LADISLAS
Pour mon frère, après son insolence,
Je ne puis m’emporter à trop de violence,
Et de tous vos tourments la plus affreuse horreur Ne le saurait soustraire à ma juste fureur.
Quoil quand, le cœur outré de sensibles atteintes,
Je fais entendre au duc le sujet de mes plaintes,
Et, de ses procédés justement irrité.
Veux mettre quelque frein à sa témérité.
Étourdi, furieux et poussé d’un faux zèle.
Mon frère contre moi vient prendre sa querelle,
Et, bien plus, sur l’épée ose porter la main!
Ah! j’atteste du Ciel le pouvoir souverain Qu’avant que le soleil, sorti du sein de l’onde.
Ote et rende le jour aux deux moiliés du monde,
Il m’ôtera le sang qu’il n’a pas respecté.
Ou me fera raison de cette indignité.
Puisque je suis au peuple en si mauvaise estime Il la faut mériter du moins par un grand crime,
VENCESLAS
Et, de VOS châtiments menacé tant de fois,
Me rendre un digne objet de la rigueur des lois.
VENCESLAS, à part.
Que puis-je plus tenter sur cette âme hautaine?
Essayons l’artifice où la rigueur est vaine.
Puisque plainte, froideur, menace ni prison Ne font pu, jusqu’ici, réduire à la raison.
(A Ladislas.)
Ma créance, mon fils, sans doute un peu légère,
N’est pas sans quelque erreur, et cette erreur m’est chère. Étouffons nos discords dans nos embrassements ;
Je ne puis de mon sang forcer les mouvements.
Je lui veux bien céder, et, malgré ma colère.
Me confesser vaincu, parce que je suis père.
Prince, il est temps qu’enfm sur un trône commun Nous ne fassions qu’un règne et ne soyons plus qu’un : Si proche du cercueil où je me vois descendre.
Je me veux voir en vous renaître de ma cendre,
Et par vous, à couvert des outrages du temps, Commencer à mon âge un règne de cent ans.
De votre seul repos dépend toute ma joie,
Et, si votre faveur jusque-là se déploie.
Je ne l’accepterai que comme un nobh emploi Qui, parmi vos sujets, fera compter un roi.