ACTE I, SCENE II
ALEXANDRE
Que si VOUS ne daignez m’admettre en ma défense,
Vous donnerez le tort à qui reçoit l’offense;
Le prince est mon aîné, je respecte son rang;
Mais nous ne différons ni de cœur ni de sang,
Et, pour un démenti, j’ai trop...
VENGESLAS.
Vous, téméraire.
Vous la main sur l’épée, et contre votre frère !
Contre mon successeur et mon autorité !
Implorez, insolent, implorez sa bonté.
Et, par un repentir digne de votre grâce.
Méritez le pardon que je veux qu’il vous fasse.
Allez, demandez-lui. Vous, tendez-lui les bras.
ALEXANDRE
Considérez, Seigneur...
VENGESLAS.
Ne me répliquez pas.
ALEXANDRE, à part.
Fléchirons-nous, mon cœur, sous cette humeur hautaine? Oui, du degré de l’âge il faut porter la peine.
Que j’ai de répugnance à cette lâcheté !
(A Ladislas.)
O ciel I pardonnez donc à ma témérité.
Mon frère : un père enjoint que je vous satisfasse ; J’obéis à son ordre, et vous demande grâce ;
Mais, par cet ordre, il faut me tendre aussi les bras.
VENGESLAS.
Dieu ! le cruel encor ne le regarde pas !
LADISLAS
Sans eux, suffît-il pas que le roi vous pardonne ?
VENGESLAS.
Prince, encore une fois, donnez-les, je l’ordonne.
Laissez à mon respect vaincre votre courroux.
LADISLAS, embrassant Alexandre.
A quelle lâcheté. Seigneur, m’obligez-vous !
Allez, et n’imputez cet excès d’indulgence Qu’au pouvoir absolu qui retient ma vengeance.
ALEXANDRE, à part.
O nature ! ô respect ! que vous m’êtes cruels !
VENGESLAS,
Changez ces différents en des vœux mutuels ;
Et, quand je suis en ^veç tpute terre,
VENCESLAS
Dans ma maison, mes fils, ne mettez point la guerre.
(A Ladislas.)
Faites venir le duc, infant. Prince, arrêtez.
(Alexandre sort.)
LADISLAS
Vous voulez m’ordonner encor des lâchetés,
Et pour ce traître encor solliciter ma grâce !
Mais pour des ennemis ce cœur n’a plus de place : Votre sang, qui l’anime, y répugne à vos lois.
Aimez cet insolent, conservez votre choix,
Et du bandeau royal qui vous couvre la tête Payez, si vous voulez, sa dernière conquête ;
Mais soutïrez-m’en. Seigneur, un mépris généreux; Laissez ma haine libre, aussi bien que vos vœux; Souffrez ma dureté, gardant votre tendresse.
Et ne m’ordonnez point un acte de faiblesse.
VENCESLAS
Mon fils, si près du trône où vous allez monter.
Près d’y remplir ma place et m’y représenter.
Aussi bien souverain sur vous que sur les autres. Prenez mes sentiments et dépouillez les vôtres.
Donnez à mes souhaits, de vous-même vainqueur.
Cette noble faiblesse, et digne d’un grand cœur,
Qui vous fera priser de toute la province.
Et, monarque, oubliez les différends du prince.