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SCÈNE II

FÉDERIC, THÉODORE.

FÊDERIC.

Brûlant de vous servir, adorable princesse,

Je me rends par votre ordre aux pieds de Votre Altesse,

THÉODORE

Ne me flattez-vous point, et m’en puis-je vanter?

FÉDERIC.

Cette épreuve, Madame, est facile à tenter :

J’ai du sang à répandre, et je porte une épée.

Et ma main pour vos lois brûle d’être occupée.

THÉODORE

Je n’exige pas tant de votre affection.

Et ie ne veux de vous qu’une confession.

FÉDERIC.

Quelle? ordonnez-le-moi,

THÉODORE

Savoir de votre bouche De quel heureux objet le mérite vous touche.

Et doit être le prix de ces fameux exploits Qui jusqu’en Moscovie ont étendu nos lois.

J’imputais votre prise aux charmes de Cassandre,

Mais, l’infant l’adorant, vous n’y pouviez prétendre.

FÉDERIC.

Mes vœux ont pris. Madame, un vol plus élevé.

Aussi par ma raison n’est-il pas approuvé.

THÉODORE

Ne cherchez point d’excuse en votre modestie : Nommez-la, je le veux.

FÉDERIC.

Je suis sans repartie.

Mais ma voix cédera cet office à vos yeux :

Vous-même nommez-vous cet objet glorieux :

Vos doigts ont mis son nom au bas de cette lettre.

(Lui donnant sa lettre ouverte.) THÉODORE, ayant lu son nom.

Votre mérite, duc, vous peut beaucoup permettre. Mais...

FÉDERIC.

Osant vous aimer, j’ai condamné mes vœux.

VENCESLAS

Je me suis voulu mal du bien que je vous veux;

Mais, Madame, accusez une étoile fatale D’élever un espoir que la raison ravale.

De faire à vos sujets encenser vos autels.

Et de vous procurer des hommages mortels.

THÉODORE

Si j’ai pouvoir sur vous, puis-je de votre zèle Me promettre à l’instant une preuve fidèle?

FÉDERIG.

Le beau feu dont pour vous ce cœur est embrasé Trouvera tout possible, et l’impossible aisé.

THÉODORE

L’effort vous en sera pénible, mais illustre.

FÉDERIG.

D’une si noble ardeur il accroîtra le lustre.

THÉODORE

Tant s’en faut : cette épreuve est de tenir caché Un espoir dont l’orgueil vous serait reproché,

De vous taire et n’admettre en votre confidence Que votre seul respect avec votre prudence.

Et, pour le prix, enfin, du service important Qui rend sur tant de noms votre nom éclatant.

Aller en ma faveur demander à mon père.

Au lieu de notre hymen, la grâce de mon frère. Prévenir son arrêt, et, par votre secours.

Faire tomber l’acier prêt à trancher ses jours.

De cette épreuve, duc, vos vœux sont-ils capables?

FÉDERIG.

Oui, Madame, et de plus, puisqu’ils sont si coupables. Ils vous sauront encor venger de leur orgueil Et tomber, avec moi, dans la nuit du cercueil.

THÉODORE

Non, je vous le défends, laissez-moi mes vengeances, Et, si j’ai droit sur vous, observez mes défenses. Adieu, duc.

(Elle sort.)

FEDERIG, seul.

Quel orage agite mon espoir!

Et quelle loi, mon cœur, viens-tu de recevoir!

Si j’ose l’adorer, je prends trop de licence ;

Si je m’en veux punir, j’en reçois la défense.

Me défendre la mort sans me vouloir guérir.

N’est-ce pas m’ordonner de vivre et de mourir? Mais...

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