‹ Théâtre choisiChapitre 333 sur 375 · A.CTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

A.CTE I, SCÈNE II

Elle ne vous peut rendre un plus mauvais office,

Et je fais plus pour vous de vous en détourner Qu’elle de vous l’offrir et de vous couronner.

MARDESANE.

Vous inquiétez-vous du zèle d’une mère Qui de ce vain espoir aime à se satisfaire?

Laissez-la se flatter de ces illusions,

Se plaire à se forger de belles visions,

A nourrir un beau songe, et, l’en laissant séduire. Moquez-vous d’un dessein qui ne peut rien produire,

Et, vous en reposant sur ce que je vous doi,

En elle respectez la passion du roi ;

Épargnez sa furie et l’ennui qui l’accable.

Qui de tout autre soin le rendent incapable.

Et font qu’en son chagrin tout l’irrite et lui nuit.

SIROÈS

J’ai pour lui des respects dont j’obtiens peu de fruit ; Mais, que j’acquière enfin son amour ou sa haine.

Il faut laisser agir le crédit de la reine.

Et prendre avis du temps et des événements.

MARDESANE.

Vous gardez vos soupçons, et moi mes sentiments.

Et j’estime trop peu l’éclat d’une couronne Pour me gêner l’esprit du soin qu’elle vous donne.

Ce n’est qu’un joug pompeux; le repos m’est plus doux,

SIROÈS

Vous n’avez rien à faire, on travaille pour vous,

Et vous pouvez juger si l’empire a des charmes Par ceux que vous trouvez à commander nos armes.

Ce bâton, que le roi vous a mis à la main.

Déjà sur les soldats vous a fait souverain.

Mais, quand un peu de temps vous aura fait connaître Par son autorité le plaisir d’être maître Et de voir sous ses lois tout un État rangé.

Il vous plaira bien mieux en un sceptre changé.

Et l’essai que par lui vous ferez de l’empire Vous conduira sans peine où votre mère aspire:

Votre consentement ne lui dénîra rien.

MARDESANE.

C’est votre sentiment, et ce n’est pas le mien ;

Non que je ne me sente, et d’âme et de naissance, Capable d’exercer cette illustre puissance;

Mais, quelque doux éclat qu’ait un bandeau royal.

Il ne me plairait pas sur un front déloyal.

L’Europe, si féconde en puissances suprêmes,

Offre au sang qui m’anime assez de diadèmes Pour périr noblement ou pour n’en manquer pas, Quand ils auront pour moi d’assez charmants appas. Mais faites toujours fonds de vos intelligences ; Pratiquez vos amis, préparez vos vengeances ; Ouvrez-vous, faites-vous un parti si puissant Qu’il fasse évanouir ce fantôme naissant.

Ce pouvoir usurpé, ce règne imaginaire.

Que vous n’excusez pas de l’amour d’une mère.

SIROÈS

Puisque vous le voulez, il l’en faut excuser,

Et dessus votre foi j’ose m’en reposer ;

Mais (et de cet avis conservez la mémoire)

Si, m’ayant, sur ce gage, obligé de vous croire,

De son ambition goûtant mieux les appas.

Vous vous laissez gagner, ne me pardonnez pas ;

Et, pour bien établir l’heur qu’elle vous destine.

Avant votre fortune, assurez ma ruine ;

Otez-vous tout obstacle, et de mon monument A mon trône usurpé faites un fondement;

Lavez-le de mon sang avant que d’y paraître ;

Sinon n’espérez pas être longtemps mon maître.

MARDESANE, apercevant Palmiras au fond du théâtre.

Il est bien malaisé de vous dissuader !

Palmiras, qui me voit, n’ose vous aborder.

Et comme vous encor m’impute sa disgrâce.

(A Palmiras.)

Entrez, je me retire, et vous cède la place.

Je vous suis importun.

(U sort.)

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