SCÈNE III
Ne s’étendra jamais à former un parti ;
Contre tous ses desseins la Perse soulevée Étalera sa haine et publique et privée,
Vengera ses palais et ses forts embrasés,
Ses satrapes proscrits, ses trésors épuisés.
Et le sang que sans fruit les légions romaines En tant d’occasions ont puisé de ses veines.
SIROÈS, rêvant.
Laisser ravir un trône est une lâcheté,
Mais en chasser un père est une impiété.
PALMIRAS.
Que, pour vous l’enseigner, lui-même il a commise.
SIROÈS
Par son exemple, hélas ! m’est-elle plus permise,
Et me produira-t-elle un moindre repentir?
PALMIRAS.
Vous ne l’en chassez pas, puisqu’il en veut sortir.
Ou que votre marâtre, à mieux parler, l’en chasse, Pour y faire à son fils occuper votre place.
SIROÈS
Il m’a donné le jour.
PALMIRAS.
Il donne votre bien.
SIROÈS
Mais c’est mon père enfin !
PALMIRAS.
Hormisdas fut le sien ;
Et, si vous agissez d’un esprit si timide.
Gardez d’être l’objet d’un second parricide.
Qui n’a point épargné le sang dont il est né Peut bien n’épargner pas celui qu’il a donné.
SIROÈS
O dure destinée, et fatale aventure !
J’ai pour moi la raison, le droit et la nature;
Et, par un triste sort, à nul autre pareil.
Je les ai contre moi si je suis leur conseil.
Du sceptre de mon père héritier légitime.
Je n’y puis aspirer sans un énorme crime :
Coupable, je le souille; innocent, je le perds ;
Si mon droit me couronne, il met mon père aux fers ; Et de ma vie, enfin, je hasarde la course.
Si mon impiété n’en épuise la source.
O mon père ! ô mon sang ! ne vous puis-je épargner? Ne puis-je innocemment ni vivre ni régner?
COSROES.
Et ne puis-je occuper un trône héréditaire Qu’au prix de la prison ou du sang de mon père ?
PALMIRAS.
Je vois qu’il faut, Seigneur, encor quelques moments A votre piété laisser ses sentiments.
Mais que vous veut Pharnace? il vous sert avec zèle.