ACTE III, SCÈNE HT
Que les fameux proscrits de son règne naissant? Chaque chef des quartiers vous répond de Ja ville; Pharnace et Vayacès traitent avec Émile ;
J’ai mis en liberté les prisonniers romains ;
Tout est calme au palais, la reine est en vos mains. Peu de chose vous reste, et l’arrêt de deux têtes Met la vôtre à couvert de toutes ces tempêtes ;
Leur perte vous conserve, et c’est à cet effort Qu’il vous faut éprouver et qu’il faut être fort.
Qu’il faut, d’une vigueur mâle et plus que commune. Aider les changements qu’entreprend la fortune.
SIROÈS
J’aurais d’autres rigueurs pour d’autres ennemis. Mais je sens, quoique roi, que je suis encor fils.
PALMIRAS.
D’un père qui pour vous ne sent plus qu’il est père, Qui ne reconnaît plus de fils que votre frère.
Et, pour vous en frustrer, l’admet en vos États !
SIROÈS
La raison est pour moi, mais le sang ne l’est pas. Quelle fatalité de devoir par un crime Me conserver un droit qui m’est si légitime!
Mais ces raisonnements enfin sont superflus;
Je me plains seulement et ne consulte plus.
Je regrette d’un père ou la perte ou la fuite.
Mais ce regret n’en peut arrêter la poursuite.
Hors du trône, mes jours n’ont plus de sûreté ;
Tout mon salut consiste en mon autorité ;
Au lieu qu’avant l’affront que ce mépris me livre,
Je vivais pour régner, il faut régner pour vivre.
Et je ne puis parer que le sceptre à la main Les redoutables traits de mon sort inhumain. Renvoyez les quartiers, et soignez que la ville.
Dans ce grand changement, nous soit un sûr asile.
PALMIRAS.
Vous armant de vertu, tout succédera bien.
SIROÈS
Assurez-vous des chefs et ne négligez rien, Cependant que je dompte un reste de faiblesse Qui dans mon cœur encor souffre quelque tendresse.
(Palmiras sort.)
Que tu m’aurais, ô sort, dans un rang plus obscur, Fait goûter un repos et plus calme et plus pur!
Les pointes des brillants qui parent les couronnes
COSROES.
Figurent bien, cruel, les soins que tu nous donnes, Et ce vain ornement marque bien la rigueur Des poignantes douleurs qui nous percent le cœur. Celle qu’on veut m’ôter à peine est sur ma tête. Mais, dieux ! à quel combat faut-il que je m’apprête !