‹ Théâtre choisiChapitre 357 sur 375 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Mais ma sœur, opposant à cette ambition La louable terreur d’une noire action El frémissant d’horreur d’une telle injustice,

N’a que pour l’abuser accepté cet office ;

J’ai d’une même horreur ce dessein détesté,

Et, l’avis important à Votre Majesté,

Dont je connais qu’enfîn la Perse doit dépendre.

J’ai cherché Palmiras pour venir vous l’apprendre; Mais, travaillant ailleurs, il s’en est défendu Par le mot de sa main que je vous ai rendu.

Artanasde, croyez que ma reconnaissance Ne cessera jamais qu’avecque ma puissance,

Et que je saurai mieux reconnaître un bienfait Que Sira n’a promis de payer un forfait.

Gardez ces instruments d’une implacable haine ,

Qui n’a plus de ressource, et que nous rendrons vaine. Si les dieux, ennemis de tels persécuteurs.

Des intérêts des rois sont encor protecteurs.

O redoutable esprit, ô marâtre cruelle !

Trop pieuse Narsée, et mère indigne d’elle !

ARTANASDE.

Non pas mère. Seigneur, et j’ai sur ce propos Un secret qui regarde encor votre repos.

SIROÈS

Quel secret, Artanasde? Éclairez-m’en, de grâce.

ARTANASDE.

Puisque le sort de Perse a pris une autre face,

Sachez un accident heureux pour votre amour.

Que plus de vingt soleils n’ont osé mettre au jour.

Et dont la vérité fera voir que Narsée Au parti de Sira n’est point intéressée.

SIROÈS

O dieux!

ARTANASDE.

Quand d’Abdenède, encor en son matin.

Une troisième course eut tranché le destin.

Tôt après, de sa mort la tristesse bannie Fit penser Cosroès au sceptre d’Arménie ;

Il proposa d’armer, son dessein fut conclu :

De vous dire le reste il serait superflu ;

Il suffît qu’un hymen joignit les deux couronnes.

Et que l’âge, le rang et l’état des personnes

ÔOSROKS.

Trouvèrent en Sira tant de conformité

Que l’hymen et la paix ne furent qu’un traité;

Suffît qu’on sait encor que dans votre famille La veuve de Sapor n’apporta qu’une fille En sa plus tendre enfance, et dont les jours naissants A peine avaient vu poindre et remplir six croissants, Et qu’enfin notre bonne ou mauvaise aventure Au souci de ma sœur commit sa nourriture.

Mais ce cher gage, à peine en sa garde reçu (Et voici du secret ce qui n’était pas su),

D’une convulsion l’atteinte inopinée De cette jeune fleur trancha la destinée.

Pour lors à Palmiras le sort m’avait donné Où ma sœur m’abordant d’un visage étonné :

« Ah ! mon frère, en quel lieu, me dit-elle avec peine, « Me mettrai-je à couvert du courroux de la reine? a Hélas! Narsée est morte, elle vient d’expirer. »

Là, Palmiras entrant et l’oyant soupirer.

N’a pas plutôt appris le mal qui la possède Qu’à l’instant de ce mal il trouve le remède.

Et, se voyant pour lors une fille au berceau :

« Eprouvez, nous dit-il, si son sort sera beau;

« Laissons faire le temps et voyons l’aventure « D’un jeu de la fortune avecque la nature. »

Narsée et Sydaris se ressemblaient si fort Qu’outre que leur visage avait bien du rapport,

La ressemblance encor et du poil et de l’âge.

Par bonheur, répondait à celle du visage Pour achever enfin, le soin de Sydaris Sous le nom de Narsée à ma sœur fut commis. Palmiras, d’autre part, sous le nom de sa fille Inhumant la princesse, abusa sa famille.

Et voit en ce jeune astre éclater des appas Dont vingt ans ont fait croire et pleurer le trépas.

SIROÈS

O dieux ! si ce discours n’abuse mon oreille.

Qu’ai-je à vous demander après cette merveille?

Le reproche était juste, aux bouches de la cour.

Que le sang de Sira m’eût donné de l’amour.

Et son aversion, pour moi si naturelle.

Ne me pouvait souffrir d’aimer rien qui vînt d’elle. Mon cœur était trop bon pour en être surpris;

Dans mon aveuglement, il ne s’est point mépris ;

Il n’a rien fait de lâche, et, contre ma pensée,

Page 1