ACTE V, SCÈNE IV
MARDESANE.
Allons, règne, tyran, règne enfin sans obstacle; J’ai reçu de mon père, avecque son pouvoir. Celui d’aller trouver la mort sans désespoir.
(Il sort avec Sardarigue.)
aCÈNE IV
SIROÈS, PALMIRAS, PHARNACE, gardes.
PALMIRAS.
J’admire la vertu qu’un sceptre nous apporte,
Vous le méritez. Sire, avec cette âme forte.
Et c’est en ce grand cœur qu’on ne méconnaît plus L’héritier d’Artaxerce et le sang de Cyrus.
Vous vaincrez tout, grand prince, en vous vainquant vous- Mais il reste une épreuve à cette force extrême, [même] ; Et c’est ici qu’il faut montrer tout Siroès.
(A un garde.)
Garde, avec Sardarigue amenez Cosroès.
(Le garde sort.)
SIROÈS
Attends, garde.
PALMIRAS.
Seigneur, il vous est d’importance
De joindre...
SIROÈS
Ah ! c’est ici que cède ma constance, Qu’interdit, qu’effrayé, je ne sens plus mon rang. Et qu’en mon ennemi j’aime encore mon sang.
O nature!
PALMIRAS.
Il s’agit d’une grande victoire.
Et rarement. Seigneur, on arrive à la gloire Par les chemins communs et les sentiers battus.
SIROÈS
Ah! j’ai trop pratiqué vos barbares vertus ;
Je ne puis acheter les douceurs d’un empire Aux dépens de Fauteur du jour que je respire.
PHARNACE
Ce tendre sentiment vous vient hors de propos; Il faut de votre iitat assurer le repos.
COSROÊS.
SIROÈS
Je m^en démets, cruels ; régnez, je l’aJ^andonne,
Et ma tête à ce prix ne veut point de couronne ;
Mon cœur contre mon sang s'ose en vain révolter ; Par force ou par amour il s’en fait respecter.
A mon père, inhumains, donnez un autre juge.
Ou dans les bras d’un fils qu’on lui souffre un refuge. O toi, dont la vertu mérita son amour.
Ma mère, hélas I quel fruit en as-tu mis au jour!
Que n’as-tu dans ton sein causé mes funérailles Et fait mon monument de tes propres entrailles.
Si je dois ôter l’âme et le titre de roi A la chère moitié qui vit encor de toi 1 Règnerais-je avec joie? et, bourreau de mon père. Aurais-je ni le ciel ni la terre prospère?
Pour cimenter mon trône et m’affermir mon rang. Tarirais-je la source où j’ai puisé mon sang? Aurait-on de la foi pour un prince perfide Dont la première loi serait un parricide?
Non, non, je ne veux point d’un trône ensanglanté Du sang, du même sang dont je tiens la clarté.
J’ai cru la passion aux grands cœurs si commune.
Et, contre la nature, écouté la fortune ;
J’ai fait de ma tendresse une fausse vertu ;
A l’objet d’un État, mon lâche sang s’est tu ;
Mais, au point qu’il lui faut sacrifier un père,
La nature se tait, et le sang délibère ;
Il me presse, il me force à prendre le parti Qu’il sait être sa source et dont il est sorti.
Le voici. Dieux ! je tremble, et ma voix interdite.
En ce profond respect, sur mes lèvres hésite.
Mais qu’attends-je?