ACTE IV, SCÈNE IV
JUPITER
Ne nous pussent manquer en Textrême besoin.
PREMIER CAPITAINE
Remplis de quel argent?
AMPHITRYON
De cent taie nts atti c. es.
JUPITER
De cent Ioniens, et de deux cents Persiques.
PREMIER CAPITAINE
Tous deux également disent la vérité,
Et me laissent confus par cette égalité.
JUPITER
A quoi perds-je le temps? qui me peut méconnaître? D’où vient cet insolent me disputer mon être ?
Quel droit imaginaire a cet audacieux De contredire Alcmène et démentir ses yeux.
Elle que cette erreur plus que toute autre touche.
Qui cette nuit encore a partagé ma couche ?
AMPHITRYON
Qu’entends-je? quelle injure égale mon affront,
Et de quelle rougeur sens-je peindre mon front?
Mais quoi ! ne suis-je pas cet Amphitryon même Qui fit Taphe l’objet de sa valeur extrême,
Arcanane, Télèbe, et cent peuples divers Que j’ai soumis aux lois ‘de Créon que je sers?
JUPITER
C’est moi qui de mon père ai vengé l’homicide Sur toute l’Achaïe et toute la Phocide,
Qui sur la mer Égée ai conquis cent vaisseaux,
Et laissé la frayeur en l’empire des eaux.
AMPHITRYON
Dieux ! qu’a-t-il réservé ? que peut-il dire encore ?
Je doute qui je suis, je me perds, je m’ignore ; Moi-même je m’oublie et ne me connais plus.
PREMIER CAPITAINE
Pour moi, puisqu’à ce point chacun reste confus. Dans ces doutes enfin, l’avis où je m’arrête Est de suivre celui chez qui la table est prête.
Qui de vous nous a fait préparer le repas ?
JUPITER
Moi, qui vous ai mandés.
PREMIER CAPITAINE
Nous suivrons donc vos pas.
LES SOSIES
JUPITER
Entrons.
(Jupiter et le premier capitaine sortent.) SECOND CAPITAINE.
Pour ce rêveur la porte sera close ;
Qu’il médite à loisir sur la métamorphose.
AMPHITRYON
Quoi ! cet affront encore à tant d’autres est joint?
SECOND CAPITAINE
Point, point d’ Amphitryon où l’on ne dîne point.
(Il sort.)
Oh ! qu’un heureux effet succède à mon envie 1
(Il sort.)
AMPHITRYON, seul.
Quoi ! par cet imposteur ma maison m’est ravie,
Mes valets, mes amis, ma famille, mon nom.
Et par Amphitryon périt Amphitryon ?
Non, non, à qui tout manque il reste du courage.
Et l’innocence enfin surmontera l’outrage :
Sans consumer de temps en frivoles discours.
Allons de Créon même implorer le secours.
Et par son aide, jointe à l’ardeur qui l’enflamme. Faisons plutôt périr valets, amis, biens, femme, Enfants, parents, voisins, honneur, charges, maison. Que de cet affronteur je n’aye ma raison.