‹ Théâtre choisiChapitre 53 sur 375 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

CÉPHALÏE

Rassurez vos esprits,

D'une égale frayeur nous étions tous surpris ;

Mais un bon calme enfin succède à cet orage.

LE CAPITAINE DES GARDES

Quel charme de nos sens nous suspendait Fusage? Revoyons-nous le jour?

PREMIER CAPITAINE

Dieux! qu’est-ce que je voi?

SECOND CAPITAINE

Conservons-nous la vie après un tel effroi?

SOSIE

Quoi ! nous n’en mourons pas? Je croyais que la terre Dessous les coups du ciel se brisait comme verre,

Et ne pourrait sauver un de ses habitants.

Mais qu’à ce grand orage il succède un beau temps !

CÉPHALÏE.

Quand un dieu veut en terre annoncer sa venue,

C’est ainsi qu’il en use: il fait parler la nue.

Oyez, par la merveille arrivée en ces lieux.

Combien votre maison doit être chère aux dieux.

Dis tôt donc, hâte-toi de me tirer de peine.

Mais me reconnais-tu?

CÉPHALÏE.

Oui, pour mari d’Alcmène.

AMPHITRYON

Vois bien.

CÉPHALÏE.

Je vous vois trop.

AMPHITRYON

Ne t’abuses-tu point?

CÉPHALÏE.

Croyez-vous que la peur m’ait troublée à ce point ?

AMPHITRYON

Qui suis-je ?

CÉPHALÏE.

Amphitryon.

AMPHITRYON

De toute ma famille La raison est restée à cette seule fille,

Ou leur aveuglement naissait de leur dessein.

CÉPHALÏE.

Je suis la plus troublée, et tout le reste est sain.

LES SOSIES

AMPHITRYON

Que n’est fou tout le reste, et qu’ Alcmène n’est sage Mais que de la raison elle a perdu l’usage !

L’afîront que j’en reçois me trouble tellement Que j’en perds sens, repos, raison et jugement.

GÉPHALIE.

Quelque apparent sujet où ce mépris se fonde,

Il blesse une vertu qui n’a point de seconde.

Par un récit, témoin de son honnêteté.

Oyez combien à tort vous en avez douté.

Sachez premièrement que pendant ce tonnerre Cette chaste princesse a mis deux fils par terre.

AMPHITRYON

Le ciel est trop soigneux de conserver mon nom.

SOSIE

Oh ! que d’Amphitryons d’un seul Amphitryon !

GÉPHALIE.

Mais écoutez comment : quelques douleurs légères. Du terme finissant communes messagères,

L’ont à peine obligée à réclamer les dieux.

Que de soudains éclairs éblouissent nos yeux,

Et que votre maison, de ces feux éclairée.

Du bas jusqu’aux lambris paraît être dorée. Alcmène cependant, et sans cris et sans pleurs. Ordinaires effets de pareilles douleurs.

Aussitôt qu’elle souffre, aussitôt soulagée.

De ce riche fardeau se trouve déchargée.

AMPHITRYON

Le ciel est trop soigneux de ma postérité,

Et ne la traite pas comme elle a mérité.

GÉPHALIE.

Son innocence enfin vous sera manifeste ;

Ne m’interrompez point, écoutez ce qui reste :

A peine ils sont lavés que nous voyons l’un d’eux Étendre et déployer ses petits hras nerveux.

Et des pieds et des mains, par des efforts étranges. Se défendre sur nous de la prison des langes ;

Et, l’ayant au berceau non sans peine rendu,

(O prodige incroyable, et jamais entendu !)

Deux horribles serpents ailés, à larges crêtes, Dressant vers ce berceau leurs venimeuses têtes, D’un vol impétueux sur lui se sont lancés.

AMPHITRYON

O dieux !

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