LE ROI, OCTAVE
LE ROI
Dernier et seul moyen d’où dépend mon repos, Octave, qu’en ce lieu je te trouve à propos !
Sire, aurais-je du sort reçu ce bon office Que je pusse espérer de vous rendre service ^
De moi. Sire, de moi, dépend votre repos ?
LE ROI
Oui, de toi, si tu veux: mais écoute en deux mots. Quoique l’astre du jour, prêt à sortir de l’onde, Semble plus souhaitable aux yeux de tout le monde Qu’alors que, vers la mer précipitant son cours, Avecque sa carrière il achève les jours.
Du premier toutefois on n’a que l’espérance.
Et de l’autre les yeux possèdent la présence :
Le bien présent est sûr, les futurs sont trompeurs ; Un changement de temps, un amas de vapeurs.
Un vent, une tempête en un moment émue.
Aux yeux qui l’attendaient peut dérober sa vue. T’expliquer maintenant celte comparaison.
Connaissant ton esprit, serait hors de saison.
OCTAVE
Le prince serait-il ce soleil qui se lève.
Et vous. Sire, celui dont la course s’achève.
Vous dont les jours à peine ont atteint leur midi, Dont l’âge le plus beau n’est pas encore ourdi ?
LE ROI
Ayant compris mon sens, réponds à mon attente ; Préfère au bien futur la fortune présente : L’incertaine faveur d’un fils qui doit régner Contre un père régnant ne te doit pas gagner;
Outre qu’un jour, guéri de son jeune capiûcc,
LAURE PERSÉCUTÉE
Il voudra mal peut-être à qui lui rend service.
OCTAVE
Sans égard du futur je dois tout à mon roi;
J’honore la couronne au front où je la voi.
Le sort me donne au fils, mais je me donne au père Chez vous je suis sujet et chez lui volontaire.
Oui, Sire, assurez-vous de ma fidélité En quoi qu’il soit utile à Votre Majesté;
Car de m’imaginer nul dessein sur sa vie...
LE Ror.
Ah ! tu verrais ma mort précéder cette envie :
Oui, tout auteur qu’il est de mon cruel ennui. J’entends encor mon sang qui me parle de lui;
Il rend et ma menace et ma colère vaines.
Et je le verserais pour en remplir ses veines.
De cette affection naît l’utile dessein
Que si confidemment je répands en ton sein.
Mais tout ce long discours, dont je te sollicite,
A ton obéissance ôte de son mérite :
Tu sais, oui, tu le sais, et toi seul de ma cour As vu naître et durer cette funeste amour.
Pour quel indigne objet ce lâche cœur soupire,
Et de quelle puissance il révère l’empire :
D’une tille inconnue, et de qui les parents N’ont possédé chez moi ni dignité, ni rangs. Étrangère, sans biens, et sans autre avantage Que de quelques attraits qu’il trouve en son visage. D’ailleurs, tu sais l’accord en Pologne arrêté.
Dont mon ambassadeur par mon ordre a traité,
Que la princesse vient, et que cette alliance De toute la Hongrie est l’heur et l’espérance ;
Si bien que, si dans peu leur commerce ne rompt. J’attends en l’attendant un éternel affront.
OCTAVE
Sire, je connais trop quel transport le domine,
Et de quelle furie il court à sa ruine :
Mais j’ai beau lui blâmer cet amour inégal.
Pour souffrir le remède il aime trop son mal,
Et, malgré les raisons que j’employe contre elle.
Le prince n’en est pas moins soumis et fidèle.
LE ROI
M’obstinant ce matin contre son sentiment.
Et blâmant sa folie et son aveuglement,
Autant qu’il l’estimait je l’ai dépeinte infâme;