VIE DE PICARD. XVII
lai fallat saiyre l'Impératrice — c*ëtait alors Joséphine — dans ses voyages, môme lointains. La première année, à la fin de juillet, elle partit ainsi pour Aix-la-Chapelle, et Picard, avec onze de ses camarades, dut sans retard, quoique brisé par la (ktigue des répétitions et des premières représentations de sa grande pièce à moitié tombée, les Tracasseries ou Monsieur et madame Tatillon^ prendre la poste à sa suite. Il ne quitta pas Aix avant la fin d'août. Joséphine y eut la primeur de l'une de ses plus jolies petites pièces, VAcie de naissance^ qu'il reprit à Paris, au mois d'octobre suivant, et qui se joue encore. Pour bien finir Tannée, il donna, le 27 décembre, son acte en prose, le Susceptible^ qui fut très applaudi.
L'année d'après, 1805, succès pareil pour la iVoce sans mariage , le 7 août ; et , pour les trois actes des Filles à marier, le 27 novembre. En 1806, ce fut mieux encore.
Un jour il avait dit à son vieil ami Droz : — Savez-vous bien qu'il y a toute une pièce dans ce vers d'Horace :
Duoeris ut nerris alienis mobile lignuiu ?
— C'est vrai, avait répondu Droz, eh bien, faites-la. — Je la ferai , avait répliqué Picard. En effet , il l'avait faite.
C'est celle qu'il, tenait toute prête pour cette année 1806, qui lui fut si favorable; c'est sa comédie en cinq actes en prose, les Marionnettes, Elle fut jouée le 1 4 mai avec un succès énorme. Tout le monde convint, Geoffroy tout le premier, que Pieard n'avait jamais rien donné de meilleur. L'Empereur voulut qu'on la lui représentât à Saint-Cloud huit jours après, et il s'y amusa de la mine que faisaient autour de lui , tous ceux — et ils étaient nombreux — qui s'y reconnaissaient, autant pour le moins que de l'esprit et des joyeuses combinaisons de l'auteur. Picard fUt gratifié, le soir même, d'une pension de 6,000 francs, et on lui fit entrevoir que, s'il cessait de jouer, la croix de la Légion d'honneur ne tarderait pas à suivre : « Voilà, lui dit Chazel, qui assistait à la représentation, et en connaissait déjà la récompense, voilà, eonviens-en, un miroir bien payé. »
Picard aurait pu s'en tenir à ce triomphe; mais comme il venait d'achever ses trois actes en prose, la Manie de briller, il ne put résister à les faire jouer, et il eut le bonheur qu'ils réussirent. En 1807, comme il se •entait en passe de sueoès , il se b&ta de donner, dès le 16 janvier, les JUcoeheU qui ne fUrent pas moins applau-