ACTE IV, SCiNB VII
MABASGHINI.
Vingt pour centi j'aurais vingt francs pour cent francs. J aimerais mieux rien. (// te Uve.)
VALHONT^ se levant.
Je ne signerai pas cela.
FIAMMESGHI, se levant .
Ni moi.
FRANVAL, 48 levant.
Vingt pour cent! morbleu! et vous osez, monsieur, vous rendre Tinterprète...
LEDOUX, toujours assis.
Monsieur, je n'y suis pour rien.
DUHAUTCOURS, se levant.
Eh bien I oui, vingt pour cent, c'est fort dur; mais nous devons nous trouver très Heureux; car enfin combien y en a-t-il qui ne donnent que quinze, douze, cina, ou rien; et d'après la connaissance que j'ai ae se^ affaires, je ne sais comment il fera pour les réaliser, les vinçt pour cent. Est-ce sa faute si les meilleurs banquiers de Hambourg, de Vienne et de Cadix ont cessé leurs f>aiements? Est-ce sa faute si des corsaires excelents voiliers, vifs comme des oiseaux, sont maintenant dans les ports de PlymQuth ou de Liverpool? Est-ce sa faute, si des débiteurs, M. Delorme, par exemple, lui enlèvent tout son avoir? Combien ne vous citerais-je pas de créanciers qui ont accepté beaucoup moins sans mot dire; et pourquoi? C'est parce qu'on sait fort bien qu'on finit par tout
Serdre, lorsque la justice s'empare de ces sortes 'affaires. Oui, messieurs, c'est pour votre intérêt, pour le mien que je vous parle. Je le répète, si la chicane se mêle dans tout ceci, vos créances seront réduites à zéro, encore si vous n'en êtes pas pour vos frais. Signez donc, hàtez-vous de signer ces propositions que je soutiens loyales, et dénez-vous des boute-feux qui ne cherchent à vous séduire que pour vous tromper et pour embrouiller les affaires.
GRAFF
Il y a du bon dans ce qu'il vient de dire.
FRANVAL
Ne croyez pas à la colère de cet hdmme-Ià ; elle
174 DUHAUTC0UR8.
est fausse, elle est calculée; il se fâche à froid, j'en réponds. Eh quoi I il y a vinfft ans que je travaille, il me faut encore travailler dix ans pour assurer un état à mes enfants, et des nouveaux venus comme ceux-ci feraient leur fortune en six mois, et au premier revers ils en seraient quittes pour présenter un bilan imaginaire, et ruiner les vrais et honnêtes commerçants! Gela ne sera pas, croyez-moi. Quand vous devriez tout perdre avec M. Durville, pour votre honneur, pour Thonneur et la sûreté du commerce; que dis-jeî pour votfe intérêt particulier à vous tous, qui avez journellement besoin de confiance et de crédit, gardezvous de signer cet acte où tout me parait allégué et rien prouvé : car si vous laissez passer encore celle-ci, qui vous répondra gue l'impunité ne va pas les multiplier d'une manière effrayante? Vous perdrez tout aujourd'hui, mais vous vous sauverez pour la suite. Mais non, vous ne perdrez rien. La justice, la chicane, comme monsieur l'appelle, n'est pas si âpre qu'il voudrait vous le faire croire : elle a des formes, des lenteurs salutaires dont il est vrai que des fripons adroits abusent trop souvent; mais croyez qu'ils ne triomphent que par la faiblesse et l'insouciance des honnêtes gens. Quand un homme juste et ferme a le courage et la volonté de leur tenir tête, croyez qu'il parvient facilement .à les démasquer, et je serai cet homme-là, moi.
MARASCHINI.
Bien I brave homme. Je vous donnerai ma pro- 'curation.'
FUMMESCHI.
Et moi la mienne.
OUHAUTGOUBS, dtun ton doucereux.
Souffrez, mes bons amis, que je vous fasse entendre quelques paroles de paix. Je rends justice aux sentiments de monsieur, ils sont purs et honnêtes ; mais, croyez-moi, finissez cette affaire-là. M. Durville ne craint pas l'examen sévère dont on le menace. Calculez qu'il est jeune, qu'il peut tout réparer, et que peut-être dans quelques années nous le verrons faire tout à fait honneur à ses engagements. Pour le moment vous vous obstineriez en vain ; le plus saur est de signer.