ACTE 11^ SCÂNB y. . S
MARCELIN
Fixez le prix; je n'y regarderai pas.
DORVILÉ.
Ah! monsieur...
MARCELIN
Eh! non ! cela me convient, cela vous oblige, et je suis trop heureux... Le château, les meubles, le carrosse, les chevaux, les laquais; j'achète tout, moi. Gela m'épargnera la peine de tne monter ane maison.
DORVILB.
Vous achetez tout! Ah! monsieur, qu'il est doux de voir passer la fortune entre les mains d'un homme aussi f^anc, aussi vif, aussi rond en affaires! ma foi, votre gaieté me gagne et me console. C'est convenu, vous voilà le maître,, je vous cède tout; sauf la femme de chambre de ma sœur, et mon petit jockey, mes gens sont à vous; d'excellents sujets.
A qui le dites-vous? Ne les connai&-je ])as tous? C'est cela, père Dorvilé: traitons l'affaire gaiement. Je prends votre château; voulez-vous ma boutique?
BORTILé.
Ahl monsieur, quelle épi gramme!
MARGBIiIN.
Eh! non, c'est sans mauvaise intention, une plaisanterie. Ne vous restert-il pas des ressources? Si je peux vous servir, comptez sur moi. En attendant, monsieur Léonard, eh vite! un bon acte de vente.
LÉONARD
À vos ordres, monsieur. M. Dorvilè a payé la terre cent mille francs, il y a quelques années; pour les meubles, les embellissements, le renchérissement progressif...
DORVILÉ.
Soixante mille francs; est-ce trop?
MARCELIN
C'est pour rien.
DORVILÉ.
Pas d'autre hypothèque que celle de ma sœur.
LÉONARD
Moitié comptant, moitié après la transcription.
356 LBS MARIONNETTES.
C'est cela. Dépêchez-vous, monsieur Léonard.
DORVILÉ.
Oui, dépêchez-Yous.
LÉONARD
Je suis aussi pressé aue vous, messieurs. Un acte notarié pour Timmeuble, un sous-seing privé pour le reste. Ëhl vivent les changements ae fortune pour un notaire. (Hi sort,)
scÎÈNE vr
DORVILÉ, MADAME DE SAINTrPHAR, MARCELIN.
MARCBLIN.
Me voilà propriétaire.
MADAME DE SAINT-PHAB
Voilà mes fonds assurés.
DORVILÉ.
Me voilà en argent comptant; permettez que je TOUS remercie.
MADAME DE SAINT-PHAB
Et moi donc.
MARCELIN
Point du tout; c*est moi, au contraire, qui vous dois des remerciements; ou plutôt, remercions nous mutuellement tous les trois. Je ne vous presse pas ; mais quand pourrai- je occuper mon château?
A rinstant. Je suis aussi rond que vous en affaires, moi : aussi bien je pars pour Paris après dîner.
MARCELIN
Pourquoi donc cela? Je vous offre un appartement dans votre château; mais non, c'est une place dans ma voiture. Tenez, cette petite acqui" sitioD ne me suffit pas; j'en médite d'autres. Je pars aussi pour Paris ce soir, qu'en dites-vous? Cela contrariera Georgette. Oh! je l'aime toujours. Mais voilà un événement qui nécessairement retarde mon mariage. Il faut voir Paris, je n'y suis pas retourné depuis le collège. Vous y allez pour affaires, pour tâcher d'y retrouver, d'y gagner
AOTB II, SCftNB VU. 867
quelque argent; moi j'y vais pour m'y divertir, acquérir, dépenser.
MADAME DR/SAINT-PHAR
Ce que c'est qu'une ruine, ce que c'est qu'une fortune 1 mon frère perdait la tête tout à l'heure, et maintenant c'est vous qui la perdez.
MARCBLIN.
Auprès de vous, belle dame, on la perd facilement.
MADAME DE SAINT-PHAR
Delà galanterie!
MARCELIN
Et pourquoi pas, s'il vous plaît? (A part,) Elle est fort bien, cette femme-là. (Haut.) Or çà, je connais un peu mon domaine, moi; mais pas aussi bien crue vous, et je ne serais pas fâché d'examiner, a inspecter...
DORVILÉ.
Gomment donc, monsieur; mais je vais vous conduire partout moi-même.