VIE DE PICARD. Y
proYince, et même à Tétranger. C'est de cette pièee que Sehiller a tiré la sienne : V Oncle pris pour son neveu. Le premier soir, Picard fut demandé, mais ne parut pas, et toute la critique lui en tint compte, comme d'un acte de bon goût et de bon esprit. Elle fut unanime aussi pour reconnaître ce que la pièce avait de qualités et ce qu'elle promettait : « L'auteur est très jeune, Usait-on dans la Gazette nationale, qui est, comme on sait, devenue le Jfoniteur; on prétend qu'il n'a que dix-huit ans — c'est vingt et un qu'il eût fallu dire; — on voit qu'il est né pour l'art dramatique, et qu'avec un peu d'étude de la ecène, il est fait pour aller loin dans cette carrière, et pour s'y distinguer. »
C'était de la critique prophétique, à laquelle Picard voulut sans tarder donner raison. Six semaines après^ il lut au théâtre de la Nation, c'est-à-dire à la Comédie-Frangaise dont c'était le nom nouveau — vous voyez qu'il montait — une sorte de trilogie en trois actes en vers, dont le titre le Passé, le Présent, VAvenir^ disait assez le sujet. Elle fut acceptée, et même avec une certaine fa' veur, tant on y trouva de verve et de pénétrante satire. Deschamps, le valet, dont il fit plus tard un roman, le Gil'Blas de la Révolution, et qui reparatt aussi par reflet dans les Marionnettes, fut applaudi comme un type excellent par tout le comité. On n'y fit pas moins fêle à la scène du Club des privilégiés si vigoureuse et si vivante. En un mot le succès de lecture fut très vif, et on le comprend lorsque, aujourd'hui encore, on lit la pièce. On n'y fait qu'une seule réserve qui ne pouvait tout naturellement être faite dans l'origine. Si Picard ne se trompe ni sur le Passé ni sur le Présent, tel qu'on les voyait en 1791, il se trompa étrangement au contraire sur l'Avenir. Il vécut assez pour le reconnaître, car c'est à la date de 1820, qu'il fixa l'éclosion de cet avenir, né de la Révolution. Alors il ne devait plus y avoir un seul abus, sa pièce l'affirmait. Il put voir qu'au lieu de disparaître, les abus n'avaient fait que croître.
Sa trilogie si bien accueillie à la lecture ne fut cependant pas jouée. On n'a jamais bien su pourquoi. Peutêtre est-ce parce que Picard avait d'autant mieux vu de près, qu'il avait mal vu de loin, et s'était permis de le dire en quelques scènes trouvées trop vives ou du moins pas assez flatteuses par les puissants du moment. 11 lui restait la ressource de faire imprimer ses trois petites pièces, il en usa. A la fin de l'année, lorsque tout