‹ Théâtre choisi;Chapitre 70 sur 150 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

VALÈRE

De quel crime voulez- vous donc parler?

HARPAGON

De quel crime je veux parler, infâme ! comme si tu ne savais pas ce que je veux dire ! C’est en vain que tu prétendrais de le déguiser; l’affaire est découverte, et l’on vient de m’apprendre tout. Comment ! abuser ainsi de ma bonté, et s’introduire exprès chez moi pour me trahir, pour me jouer un tour de cette nature!

VALÈRE

Monsieur, puisqu’on vous a découvert tout, je ne veux point chercher de détours, et vous nier la chose.

MAITRE JACQUES, à part.

Oh! oh! aurais-je deviné sans y penser.

VALÈRE

C’était mon dessein de vous en parler, et je voulais attendre pour cela des conjonctures favorables; mais, puisqu’il est ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre mes raisons.

HARPAGON

Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme?

VALÈRE

Ah ! monsieur ! je n’ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j’ai commis une offense envers vous ; mais, après tout, ma faute est pardonnable.

HARPAGON

Comment, pardonnable! un guet-apens, un assassinat de la sorte !

VALÈRE

De grâce, ne vous mettez point en colère*

l’avare

Quand vous m’aurez ouï, vous verrez que le mal n’est pas si grand que vous le faites.

Le mal n’est pas si grand que je le fais! Quoi ! mon sang, mes entrailles, pendard 1

VALÈRE

Votre sang, monsieur, n’est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d’une condition à ne lui point faire de tort, et il n’y a rien en tout ceci que je ne puisse bien réparer.

HARPAGON

C’est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m’as ravi.

VALÈRE

Votre honneur, monsieur, sera pleinement satisfait.

HARPAGON

Il n’est pas question d’honneur là-dedans. Mais, dis-moi, qui t’a porté à cette action?

VALÈRE

Hélas ! me le demandez-vous ?

HARPAGON

Oui, vraiment, je te le demande.

VALÈRE

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu’il fait faire : l’Amour.

HARPAGON

L’Amour !

HARPAGON

Bel amour ! bel amour, ma foi ! l’amour de mes louis d’or!

VALÈRE

Non, monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m’ont tenté, ce n’est pas cela

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