XII NOTICE
faire ? Demander à son père qu'il la marie ? Elle sait trop bien que son père le lui refusera. Elle attendra donc patiemment que son père ne soit plus de ce monde ? Son parti est bien pris là-dessus ; elle attendra.
Ce n'est pas ainsi que l'entend Nérine. Elle est pour les moyens prompts ; voici le sien : « Jeter les yeux sur quelque honnête homme, dit-elle à Isabelle, convenir de vos faits avec lui, et vous marifer en votre petit particulier. »
Sur un semblable conseil, Isabelle ne se rend pas tout de suite, non; mais elle entre dans les demi-confidences. Elle parle de Gléon, de Cléon qui a demandé sa main à son père, et qui en a été outrageusement repoussé.
Nérine, indignée, revient avec chaleur à son projet : « Mort do ma vie, s*écrie-t-elle, voilà un père qui mériterait bien que sa fille se mariât toute seule ! — Auraistu pris ce parti ? — Moi ? je me serais mariée dix fois plutôt qu'une. »
Vous voyez si l'aveu qui pesait se détache comme un fruit mûr, et vient naturellement à la main : « Eh bien! ma pauvre Nérine, j'ai prévenu tes conseils. Je suis la femme de Cléon. »
C'est le « Gia è scrilta » du Figaro italien, lorsqu'après s'être ingénié pour insinuer délicatement à Rosine d'écrire un petit billet au comte Almaviva, il voit celle-ci tirer le billet tout cacheté de sa poche.
Et maintenant Isabelle n'est plus une; elle est deux, ayant Nérine pour second; et, quand viendra la scène de la double conttdence, avec la fine soubrette en tiers dans la partie, la scène n'aura plus rien de pénible pour Isabelle et pour son frère. Nérine leur viendra en aide à l'un et à l'autre, ils prendront en gaieté leur commune aventure.
Le dénouement à la faveur du bal n'est pas moins adroitement conduit. C'est un bal sous le masque. Le masque était nécessaire pom* la surprise qu'Oronte ménageait à ses enfants ; il préparait l'apparition soudaine de sa nouvelle épouse ; mais, avant d'en être à présenter sa Célimène, il a deux autres affaires à vider devant tous les siens, deux mariages à leur annoncer, celui d'Isabelle, quoi qu'elle en ait, avec M. Michaut, celui de Valère, bien qu'il s'en révolte, avec une certaine comtesse do la Ruffardière. Il s'obstine impitoya-