‹ Théatre choisiChapitre 163 sur 471 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

FINETTE

Pour fat, il ne l'est point. C'est un homme qui pense Que le parfait bonheur est dans l'indifférence : Du reste, auprès du sexe, il est respectueux. Et se ferait aimer, s'il était amoureux. Mais je veux qu'il soit tel que vous le voulez croire; Je trouverais pour vous encore plus de gloire A vous l'assujettir, à l'aimer tout de bon» Qu'à vous sacrifier à votre beau Damon. C'est l'ancien confident, c'est l'ami démon maître; Vous l'aimez. Cependant, si je puis m'y connaître, Vous prétendez en faire un mari complaisant. En ce cas, le marquis ^us conviendrait autant : Les gens de qualité suivent toujours la mode; Et tout homme de cour doit être époux commode. Voilà l'essentiel. Qu'importe qu'un mari Soit fat, s'il vous permet d'avoir un favori?

CÉLIANTE.

Mais, au fond, tu dis vrai.

FINETTE

Comment l je vous étalo Tout ce qu'on peut prêcher de plus fine morale. Rompez avec Damon; j'insiste sur ce point; N'étant pas gentilhomme, il ne vous convient point.

CÉLIANTE.

.^^^ Tu te trompes, Finette; et, malgré l'apparence, ^:^on cœur me dit cju'il est d'une illustre naissance, '^t que, par des raisons que nous saurons un jour...

FINETTE

Ah! voilà justement de vos romans d'amour. Pour moi, je le connais. Sa tendresse empressée N'est que le pur effet d'une âme intéressée. Une tante, en mourant, vous a laissé des biens Dont il espère un jour rehausser ses moyens. Voilà ce qui le rend si soumis, si facile : Mais osez l'épouser, il sera moins docile.

CÉLIANTE.

J'entre dans tes raisons, et je les applaudis 5 Je me suis dit cent fois tout ce que tu me dis. Depuis plus de deux ans, avec un soin extrême. J'élude mon penchant, et le combats moi-même; J'ai maltraite souvent un amant trop aimé; Contre lui mon orgueil s'est hautement armé Enfin, pour me guérir, je me suis exilée :

^72 i,E PHILOSOPHE MARIÉ.

Tout cela vainement; je suis ensorcelée. Attends.

FINETTE

Quoi?

CÉLIANTE.

Je me sens aujourd'hui d'une humeur A le désespérer.

FINETTE

Quelque honne vapeur Vous serait à présent d'un secours admirable. Quand vous extravaguez, vous êtes raisonnable.

CÉLIANTE.

Je ne me suis jamais trouvé tant de raison.

FINETTE

Que Damon ne vient-ill Mais vous ferez l'oison Sitôt qu'il paraîtra.

CÉLIANTE.

J'excite mon courage A lui faire au plus tôt quelque sensible outrage. Prête-moi ton secours pour m'y déterminer; Traitons (quelque sujet propre à me chagriner : Parle-moi de ma sœur.

Eh bien donc, ma maîtresse, De notre philosophe a lassé la tendresse. Il s'est abandonné, pour la première fois, A des vivacités qui, comme je prévois, Pourront dégénérer en aigreur très-fàcheuse, Etrendre, quelque jour, votre sœur moins heu- Cela vous déplaît-il? [reusc.

CÉLIANTE.

Non : tu me fais plaisir.

Un doux ravissement est prêt à me saisir. Le bonheur de ma sœur excitait mon envie. Et fait depuis deux ans le malheur de ma vie.

FINETTE

Enragez donc, madame, et pestez bravement; Leur querelle a produit un raccommodement Si tendre, si touchant, et si rempli de charmes, Que notre philosophe en a versé des larmes. Et moi qui parle, moi, je ne puis y penser Sans sentir que mes yeux sont tout prêts d'en verser.

{Elle pleure,) CÉLIANTE.

Ils s'aiment donc toujours?

Page 1