SUR PHILIPPE NÉRICAULT-DESTOUCHES. XYII
nous, — M"" Petitpas paraissait, pour la première fois, dans Arlequin barbet^ pagode et médecin^ pièce en deux actes i monologues, prologue et jargon; Marivaux n'avait pas encore eu le temps d*être. Voltaire prenait son Indiscret pour une comédie, et le public avait l'air de s'en accommoder, faute de mieux. Bienvenue à un chefd'œuvre du Théâtre-Français, s'il s'en présentait un au milieu de ces vaudevilles, au milieu de ces impromptus sans valeur et sans lendemain I Le Philosophe marié n'était pas moins qu'un chef-d'œuvre.
On n'était plus accoutumé depuis Molière — je n'oublie pas Rognard, mais Regnard, avec sa verve éblouissante, se jette en dehors de la réalité dans le comique d'imagination et de fantaisie — on n'était plus accoutumé à cette comédie, qui se modèle sur le monde vrai et sur le monde des honnêtes gens, à cette raison enjouée, à cette physionomie, à cette logique des caractères, à cet esprit, à ce langage de la bonne compagnie.
Que la comédie nouvelle ressemblât à la vie, je le crois bien ! Elle était la vie même. Si le théâtre humain — pour ne pas dire comique — doit être le miroir de la société humaine, l'idéal était réalisé. Chacun des personnages de la pièce était vivant. Chacun des personnages de la pièce avait passé devant ce fidèle miroir, et y avait laissé son empreinte animée. Ariste, c'était Destouches lui-même, le sage, qui n'avait pas dû se marier, et qui se trouvait marié par une surprise du cœur, sans oser avouer son mariage. Mélite, c'était la femme du poète, douce et acceptant tous les sacrifices d'une fausse situation. Céliante, la fantasque, Céliante, impérieuse et bizarre, qui ne sait ce qu'elle veut, si ce n'est qu'elle veut avoir raison contre tout le monde, qui rit et se fâche, aussi près du rire, quand elle se fâche, que d'un mouvement de colère, quand elle rit, c'est la sœur de madame Destouches, si nettement représentée, que la folle spirituelle se reconnut au portrait, et faillit — en pai'oles — arracher les yeux à son beau-frère.
Lisimon est le père de Destouches, exactement représenté aussi, comme homme d'honneur, trop exactement peut-être, comme desservi par la fortune ; car, si Destouches fut toujours généreux à sa famille^ si, de Londres, il envoyait un jour quarante mille livres — plus de cent mille francs d'aujourd'hui — à son père, il gâtait le