XVIII NOTICE
bienfait, je le crains, en se le faisant payer sur le théâtre jpar la reconnaissance paternelle (1).
Mais répisode de Lisimon, par lequel Destouches pous- .sait une pointe sur le domaine du comique larmoyant, ne fut pas le grand effet de la comédie. Ce qui enleva le I succès, ce furent les deux rôles originaux de déliante et 'de l'oncle Géronte. Ces deux emporte-pièce, ces deux fougueux têtus, ces deux bons becs, mis aux prises, firent éclater dans la salle le rire des dieux d'Homère . \ On peut juger de l'enthousiasme du parterre et des loges ■ par la fureur de la critique. Il y a toujours des Lycidas, tu le sais, ô Molière ! pour blâmer les applaudissements qui ne vont pas à eux, des règles supérieures, de doctes argumentations pour prouver que l'admiration publique a tort, et que le grand secret des arts est tout aux cuistres. Destouches devait les retrouver, tes impérissables Lycidas, et non moins acharnés. Il n'avait pas ton génie; mais aucun autre talent ne s'en était approché d'aussi près. Et puis, ce n'est ni le talent, ni le génie, auxquels ne pardonnent pas tous les ennemis du succès, c'est Jesuccès, le bonheur ; et par combien de bonheurs Destouches irritait leur jalousie ! Il était un homme de lettres à part et au-dessus de ses confrères. Il avait, pour lui, un autre degi'é de considération et d'estime, d'autres services rendus à son pays, de la fortune ! On le croyait. Il revenait de Londres ; pourquoi revenait-il après six ans ? N'avaitil pas perdu son droit de cité dans la république des \ écrivains ? Il reparaissait, et on lui donnait le premier /fauteuil vacant — c'était celui de Campistron — à ^l'Académie française. On le comblait de toutes les faveurs. On lui offrait une nouvelle mission politique ; \on le pressait de se rendre à Saint-Pétersbourg ; pourquoi ne s'y rendait-il pas ? Pourquoi se donnait-il les airs d'un stoîque, qui se dérobe aux grandeurs, et