SUR PHILIPPE NÉRICAULT-DESTOUCBES. XIX
s'achetait<il, auprès de Melun, le domaine de Fortoiseau, BOUS prétexte de s*y faire une retraite tranquille ?
Il revenait, c'était un de ses grands crimes. On n'aime pas les revenants. On en a peur, dans la littérature aussi bien qu'ailleurs. De là, le déchaînement des. peureux, et les brochures, et l'irréfutable critique, le* .
« Tarie à la. crème » de la circonstance. Le fameux •*• -r \ ^ « Tarte à la crème » soulevé par le Philosophe mariée ) c'est que le titre de la pièce était mauvais, Ariste n'étant i pas un philosophe. .^ ■ . . -^
Un philosophe I II est vrai que Destouches n'y avait • pas réfléchi : le mot n'était pas de ceux dont tout le monde pût se servir. Il appartenait à une affiliation toute-puissante, sans que les adeptes eux-mêmes s'en rendissent bien compte. Il contenait le mystère de la révolution à venir. Il était sacré, et rendait inviolable. Du moment où Ariste s'appelait philosophe, il devait être sans faiblesse. S'il avait la faiblesse d'être marié, de cacher son mariage, et de s'être mis à la discrétion d'une servante, qui se moquait de lui, il était indigne du nom de philosophe. Et voilà la pièce condamnée.
Destouches se piqua. Molière avait fait la Critique de r École des Femmes; il se crut autorisé par l'exemple du maître des maîtres, et fit la critique du Philosophe marié, dans la même forme d'une comédie en un acte et en prose ; mais la critique du Philosophe marié ne servit que de sous-titre à la pièce : le titre principal fut VEnyieux. Mauvaise étiquette. On sent d'ici toute l'amertume de l'auteur blessé. Son Lycandre n'est pas une fine et piquante silhouette, c'est une lourde figure d'invention. Le Lycidas de Molière ne se sait pas aussi jaloux quMl est. Il a son ingénuité ; il dit ce qu'il pense de VEcole des Femmes, Il trouve la pièce mauvaise, parce qu'il est jaloux; mais il la trouve sincèrement mauvaise, ou, s'il s'en faut de quelque chose que le fat n'en pense autant de mal qu'il le dit, il n'a garde de se l'avouer à luimême.
lycandre, lui, n'a pas voulu assister à la représentation du Philosophe marié, parce que les succès d'autruî lui rongent le foie. Il n'est envieux, ni à son insu, ni malgré lui. Il l'est de volonté, et en quelque sorte, de profession. Il envie ; c'est son art «t son orgueil, parlons tout simplement, c'est son rôle. Quoi qu'il dise, ou quoi qu'il fasse, il envie. Toujours de la haine et du fiel. A