‹ Théatre choisiChapitre 22 sur 471 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

flatte pas de connaître aussi bien l'origine; mais à la seule physionomie de la pièce, il me semble qu'on ne peut pas nier la race anglaise.

Destouches a beau dire que la scène est à Paris; non, ce n'estpas à Paris, c'est à Londres, et dans l'aristocratie anglaise, qu'il a trouvé le modèle du comte de Tuffières. La noblesse française a eu aussi ses hauteurs et son orgueil, mais tempérés par de gracieux moments d'abandon et de familiarité aimable. On lui a plutôt reproché de trop admettre la livrée dans sa confiance, que de la tenir trop au-dessous d'elle, pour souffrir qu'elle lui adressât un seul mot. La morgue flegmatique du comte et la froideur de sa superbe sont essentiellement britanniques. L'étiquette de sa maison — quoiqu'il n'ait pas de maison, et qu'il logo en hôtel garni — est toute britannique, et le cérémonial observé en silence par les laquais autour du maître est de l'étiquette d'outremer.

On s'est beaucoup occupé de mise en scène dans ces derniers temps ; en voici une qui vaut la peine d'être citée. C'est Destouches qui la détaille. Le comte veut ^écrire un billet. Il ne parle pas. Le grand soigneur qui parle à ses gens, fût-ce pour leur donner un ordre, s'abaisse à lem* niveau : « Il fait plusieurs signes, et, à mesure qu'il les fait, ses laquais le servent; deux approchent la table, deux autres un fauteuil ; le cinquième apporte une écritoire et des plumes et le sixième du papier; ensuite il se met à écrire. »

Lisimon, le bourgeois enrichi, mal décrassé par sa fortune, resté vilain en geste et en propos, gros rieur, gros buveur, libertin et bonhomme au fond, qui cajole autour des filles de chambre et tutoie tout le monde, encore une caricature anglaise.

Voilà pour le comique; mais, à côté du comique, la fable sentimentale, qui en fait la contre-partie, est bien plus exotique encore. Ils n'appartiennent pas à notre comédie, ces personnages de roman, cette fille suivante, chez qui tout est au-dessus de sa condition, sa beauté, son langage et sa vertu, cette orpheline qui épousera, un jour, le fils de Lisimon, après avoir retrouvé son père dans une sorte de malheureux sans asile, son frère dans l'orgueilleux comte de Tuffières — ni ce vagabond philosophe, ce pauvre solennel, ruiné par une femme vaniteuse, victime d'une erreur de la justice humaine, qui

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